Réflexion par Janus6/7/2009 8:44 am

Je disais que certains endroits m’inspirent l’envie de dominer en parlant de notre nouvel appartement, mais ça n’est pas exact de l’appliquer ici. 

Me retrouver dans un donjon, loin dans la nature, dans le sous-sol d’un chalet au plancher de béton et aux poutres nues, ça peut me donner une féroce envie d’attacher et de fouetter. 

Le cas de l’appartement est différent: je dirais plutôt que dans ce cas-ci, l’enjeu est de ne pas m’en enlever l’envie.

Dans un appartement aux murs de cartons, où on entend le moindre heurt sur le plancher ou les murs, lorsqu’on peut même savoir lorsque nos voisins parlent ou se taisent, je n’aurais jamais, jamais envie de me laisser aller complètement, du simple fait de savoir être entouré de "voyeurs" potentiels, capables de capter (et de mal interpréter!) ce qui se passe derrière ce que j’aurais espéré être des portes closes. 

Notre nouveau terrain de jeu, en revanche, est très bien insonorisé. Et quelle ne fut pas notre surprise de découvrir ici et là des crochets vissés à même le béton… Je doute que nos prédécesseurs y aient vu la même possibilité que nous, mais quand même… Je dois dire que notre nouveau nid d’amoureux est très inspirant! 

Réflexion par Janus3/7/2009 9:00 am

J’avais déjà remarqué comment certains endroits m’inspiraient davantage l’envie de dominer - mais l’inverse était aussi vrai. 

Mes premières impressions… l’appartement dans lequel je suis en train de m’installer avec élodie m’apparaît très engageant pour le jeu… je vous en reparle lorsqu’il y aura moins de tas d’objets hétéroclites sur notre plancher!  

Réflexion par Janus2/7/2009 8:34 am

Coupé d’Internet, quel meilleur temps pour partager avec vous certains problèmes de santé mentale attribuables à l’ordinateur… C’est un article humoristique, mais "plausible", comme vous verrez. ;)

Prenez un peu de temps pour jeter un oeil sur les autres articles, je trouve ce site complètement hilarant!

(Merci aux connexions internet non sécurisées!) 

Liens par Janus1/7/2009 8:26 am

Je ne suis juste pas capable de faire relâche, on dirait! Voici en attendant 10 vieux jeux électroniques coquins!  

Réflexion par Janus30/6/2009 8:39 am

J’ai parlé de jeu BDSM et de malaises physiques en discutant du fantasme du parfait sadique hier, mais le coeur n’est-il pas la zone la plus sensible de la masochiste, donc la plus susceptible d’être malmenée?

Le parfait sadique prendra-t-il le temps de consoler sa princesse lorsqu’elle a le coeur gros, lorsqu’elle est réduite en larmes par un geste ou une parole qui résonne dans ces blessures d’enfance? Lorsqu’elle se sent fatiguée, faible ou vulnérable? Lorsque l’imposition de l’autorité ne suffit plus, et que tout son être a soif plutôt de tendresse et de bras qui la serrent fort? Je ne crois pas. Et c’est là, plus que dans le reste, que le fantasme réalisé tournerait au vinaigre - je crois du moins. Mais je me trompe peut-être… qu’est-ce que je sais des soumises après tout? ;)

Les Visages de Janus feront relâche (probablement) jusqu’à lundi prochain. On déménage!  

 

Réflexion par Janus29/6/2009 8:37 am

Un gros merci à élodie pour cette discussion autour de Sleeping Beauty! 

Je retiens particulièrement cet extrait:

Si ce livre est comme un grand fantasme fait mots par Anne Rice, il représente l’expression la plus pure du fantasme masochiste ultime : se retrouver à la merci de bourreaux parfaitement sadiques, qui ne se préoccupent pas de plaire, de donner du plaisir, mais qui se servent sans compter, sans se fatiguer, insatiables.

Ce fantasme est partagé par de très nombreuses soumises qui se buttent avec un brin de désarroi à la réalité, qui fait que presque tous les êtres sont dotés d’empathie et d’écoute, peuvent être manipulés et attendris, se fatiguent ou connaissent des baisses de libido. 

élodie mentionne comment ce fantasme fait fi des limites des dominants, mais j’y vois autre chose dans la lignée de mes réflexions récentes… Le fantasme masochiste ultime représente aussi ce qu’il y a de plus autodestructeur (malsain?) dans l’impulsion masochiste. Si les "bourreaux parfaitement sadiques" mis en scène dans The Sleeping Beauty ne sont pas restreints par des considérations altruistes, il reste que le "contrat littéraire" - la dynamique mise en place par l’auteure en regard des buts qu’elle vise avec son récit - s’assure que Beauty n’est jamais sérieusement en danger et que malgré ses humiliations variées et les réticences qu’elle peut avoir en son for intérieur, elle ne fait jamais face à ce qu’une femme réelle appellerait ses limites dures.

Il est vrai que ça aussi, ça fait partie du fantasme… On peut rêver être maltraité durant trois jours et trois nuit, le démembrement, le bain de larves vivantes et autres atrocités ne font pas partie du plan! Mais qui sait ce qui fait partie du plan du sadique parfait…

C’est là que la limite se situe entre fantasme et réalité, entre "tout est magique (même si c’est hard!)" et "qui sait comment ça va tourner"… Le fantasme est d’être poussée à bout sans le moindre signe de compassion (tout en restant dans ce qui nous excite et en respectant nos limites)… dans la réalité, de deux choses l’une… Soit le sadique parfait se fout des préférences et des limites de la personne comme de son confort ou de ses supplications (danger!)… Soit le sadique moins-que-parfait doit négocier comme c’est coutume dans le milieu, perdant beaucoup de spontané, mais invitant en même temps tout un cadre de préoccupations pour "agir comme il faut"…

Le fantasme est plus cool du fait que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes; la réalité fait qu’on doit s’assurer que ça finit par ressembler au fantasme au prix d’un peu de sa magie!

Réflexion par élodie26/6/2009 9:37 am
Anne Rice aurait-elle connu elle-même les délices du bdsm, ne serait-ce que la morsure du paddle? Je n’ai pas pris le temps de faire le tour d’Internet pour lire ce qui s’y dit, mais j’ai relevé plusieurs détails dans son récit qui me semblent appartenir à l’intimité de nos pratiques… Par là, je veux dire qu’on ne se promène pas en ébruitant certaines séquelles physiques de nos pratiques; pour savoir, il faut pratiquement avoir expérimenté. À ce chapitre, Anne Rice évoque à de nombreuses reprises les "welts", ces petits boutons qui se forment sur la peau frappée fortement, souvent la peau des fesses qui se prête bien aux percussions. Elle ajoute d’ailleurs au réalisme en évoquant à quelques reprises ce que Janus appelle "spanking sweat", cette fine couche de sueur qui recouvre le corps lors d’une bonne fessée.
 
Vers la fin de la course de pony girls sur le "bridle path", Beauté vit une sorte d’épiphanie qui correspond à ce plongeon dans le subspace. Le mystère du subspace est abordé à quelques autres reprises, notamment, avec Prince Alexi. D’autres détails, comme l’obsession de plaire à tout prix qui efface progressivement la difficulté de ce que l’on chercher à accomplir, viennent compléter ce portrait qui me semble digne d’avoir été peint par une initiée… ou la confidente très envieuse d’une adepte! ;)
 
Je me permets sur ce de vous souhaiter en mon nom, ainsi que celui de mon amour-Maître, une excellente fin de semaine.
Réflexion par élodie25/6/2009 9:10 am

The Claiming of the Sleeping Beauty donne à voir un éventail assez systématique des pratiques "humiliantes." À ceux et celles qui se demanderaient encore comment on fait pour faire rougir une fille, Anne Rice offre plusieurs réponses: être nue et exposée, éprouver du désir et du plaisir dans un contexte socialement inacceptable et pire, donner à voir une abondante manifestation physique, être ravalée au rang d’objet dénué de pensée, être corrigée à coups de gifles et de paddle et être offerte n’en sont que quelques exemples.

Le dernier m’a donné matière à réflexion. Beauté, en particulier lors d’une conversation avec un autre esclave appelé Prince Alexi, essaie de quantifier et de comparer l’humiliation ressentie lorsqu’elle a été corrigée devant de rustres fermiers à celle éprouvée face à la noblesse du Palais de la Reinte ou encore, sous le regard d’Alexi qui fait battre son coeur. Est-il pire d’être humilité par plus bas que soi, par plus haut, ou aux yeux de celui qu’on aime? Une question bien embêtante, je dois l’avouer.

Être humiliée par plus "bas" que soi, c’est être délogée de son piedestal, ramené à un endroit qu’on a peut être tout fait pour échapper. Je suis mal à l’aise avec la connotation un peu élitiste de "plus bas"; par là, je veux simplement dire, pour lequel on n’éprouve pas d’admiration et par rapport auquel on se sent une forme ou une autre de supériorité. Chez moi, un fantasme d’humiliation pourrait prendre la forme d’une interaction forcée avec un grossier ignorant et manipulateur.

Être humiliée par plus "haut" que soi, c’est ressentir son imperfection jusqu’au plus profond de sa chair… Pas facile pour une perfectionniste qui tend à exceller en toute chose; l’encoche à l’égo fait peut-être d’ailleurs partie de l’humiliation. C’est à cette enseigne que loge mon grand fantasme de soumission: Celui qui me domine doit inspirer le respect, être mon égal ou mon supérieur intellectuel, et très certainement, un guide dont j’apprécie la sagesse et le regard sur la vie.

Enfin, être humiliée aux yeux de celui qu’on aime et qui nous aime en retour… Étrangement, cette forme d’humiliation m’échappe de plus en plus, car plus j’aime Janus et plus le sentiment d’être humiliée disparaît au profit d’une joyeuse complicité, un laisser-aller dans les sensations que nous nous procurons mutuellement. L’humiliation présume une face à préserver, une image à défendre, or la relation amoureuse permet de dépasser cette image, ou plutôt, à incorporer sa négociation au travers du lien. Est-ce à dire que l’humiliation disparaît d’une relation où la confiance envers l’autre est totale? Le futur nous le dira bien.

Pour ce qui est de Beauté et d’Alexi, ils concluent à l’inverse que les formes d’humiliation sont infinies et que s’il est possible de s’habituer à une configuration, un esprit véritablement sadique parviendra bien à en trouver une nouvelle pour la remplacer. Il faut dire que leur esclavage n’a rien à voir avec l’amour.

Réflexion par élodie24/6/2009 9:12 am

Pour toute sa malchance, Beauté possède néanmoins un "talent naturel" qui, dit-on, lui épargne bien des souffrances: elle transforme presque spontanément la douleur et l’humiliation en excitation sexuelle. Un peu comme dans "la vraie vie", par là, entendre "les rapports D/s qui s’inscrivent dans une réalité partagée par plusieurs d’entre nous, la société sadique d’Anne Rice semble tirer une partie de son énergie motrice du plaisir grandissant (et inassouvissable) que les esclaves tirent des traitements qui leur sont réservés. Bien que l’absence de plaisir ne constitue pas un frein, loin s’en faut, il semblerait que l’impuissance des princes et princesses asservis face à la montée de leur propre excitation sexuelle soit la destination et un important maillon de leur docilité grandissante.

Le livre présente toute une stratégie afin de cristalliser l’association entre "douleur" et "plaisir" chez les déténus. Ils sont attachés dans un hall, puis stimulés et frappés en alternance ou en même temps, sans jamais être poussés jusqu’à l’orgasme. À plus ou moins brève échéance, tous finissent par créer un pont entre les deux… Certains souffrent davantage pour y parvenir. Cette même idée est reprise avec force dans "The training of O", un site Web qui vend des vidéos de supposées esclaves "entraînées" à apprécier souffrance, inconfort et humiliation. La capacité à "éroticiser" la douleur est évaluée, appréciée, et fait l’objet d’un entraînement (plus symbolique que fonctionnel, je ne pense pas que ce genre de conditionnement soit l’affaire d’un fois…) qui semble bien populaire chez les fans du site.

Ça m’a fait réfléchir à ma propre cette situation. Spontanément, je me suis davantage alignée avec Beauté, chez qui la douleur prend vite le chemin du plaisir, mais en y réfléchissant davantage, ce n’est pas si simple. D’abord, toute jeune, ma première jouissance physique est survenue dans un contexte d’inconfort physique considérable. Peut-être l’association entre douleur et plaisir s’est-elle opérée dès ce moment-là et perpétuée au travers de mes expériences. Plus significativement, la masturbation et la détente s’en suivant est devenu un mécanisme de gestion du stress pour moi, en particulier, le stress face à l’imposition d’autorité. Dans mon cas, la figure autoritaire paternelle doublait souvent son autorité de coups, ce qui fait que peu après avoir été battue, je me retrouvais souvent à me consoler au lit en jouissant au travers de mes larmes.

Cette époque est révolue, mais ça remet certainement en question ma conception un peu naïve de mon propre talent naturel à associer douleur et plaisir. Anne Rice elle-même reste floue sur d’éventuels fondements à l’association spontanée chez Beauté. Mon professeur d’analyse littéraire aurait certainement fait un lien entre le fuseau qui lui perce le doigt (douleur), suivi immédiatement, du moins dans sa conscience, par le plaisir sexuel donné par le Prince. Je me demande s’il y a véritablement une telle chose qu’une association spontanée, sans racine. Cette appréciation ne découle-t-elle pas toujours d’un certain apprentissage?  Kink d’endorphine, excitation de voir son Monsieur excité, association mentale avec des récits lus, des films vus…

Dans tous les cas, je pense que l’esprit et l’expérience jouent un rôle capital dans la sublimation de la douleur en plaisir et que le masochisme naturel de Beauté a quelque chose d’aussi utopique que le sadisme universel de son entourage.

Réflexion par élodie23/6/2009 9:46 am

Le contexte dans lequel Beauté évolue est très particulier : hormis les princes et princesses venus payer un tribut à la reine par leur esclavage, tous les autres disposent du droit de châtier. Les cuisiniers, les garçons d’étables, les coiffeurs et habilleurs, tous sont autorisés à battre les esclaves. Je dirais même plus! Du plus commun des serviteurs jusqu’à la favorite de la reine, tous savourent chaque opportunité de s’emparer d’un paddle et de martyriser les captifs. Qu’est-ce que cela illustre? Qu’est-ce que cela nous dit?

Est-ce à dire que la société sadique de ce roman d’Anne Rice est moins hypocrite que la nôtre? Combien d’entre nous dissimulent leur hostilité dans leur cœur? Combien d’autres d’avèrent incapable d’exprimer leurs frustrations et retournent l’agression contre eux-mêmes? Ce qui est certain, c’est que dans « The Claiming of the Sleeping Beauty », l’expression de cette part d’ombre n’est nullement réprimée. D’ailleurs, dès que les esclaves disposent de la possibilité de blesser à leur tour, ils le font sans réserve, tout en constatant le plaisir qu’ils en tirent avec une certaine horreur. Un claquement de doigt, et ils retournent de l’autre côté des coups…

Mais je pense qu’il y a plus dans ce déchaînement sadique que l’extériorisation désinhibée de la violence au cœur de chaque humain. Il y a aussi une telle chose qu’une démocratisation carnavalesque du pouvoir par la violence. Avec le terme « carnavalesque », je fais ici référence aux écrits de Mikhaïl Bakhtine qui le présente comme un renversement temporaire des hiérarchies et des valeurs dont le carnaval représentait un exemple frappant au Moyen Âge. Les plus pauvres se déguisaient en Sieurs, les plus nobles étaient moqués et ridiculisés, et l’espace d’une semaine ou d’une nuit, la pression autoritaire exercée sur « le peuple » était dissipée grâce au symbolisme au cœur de la manifestation. Ceux et celles qui s’intéressent à concept riche gagneront à lire cet article sur Wikipedia.

Bien entendu, la logique carnavalesque du roman d’Anne Rice est incomplète, car  il y a une certaine noblesse qui évolue dans le Château de la Reine qui ne subit pas ce renversement des hiérarchies. Peut-être ce système dans lequel ils sont à la fois « plus bas » et « plus haut » crée-t-il une sorte de status quo, un équilibre dynamique les confortant dans leur position. Et les seules « vraies » victimes de ce système ne sont toujours qu’une poignée de princes et de princesses qui l’ont eue facile avant leur arrivée, et qui repartiront quelques années plus tard vers leur propre château et leur suite. Ingénieux.

La dernière piste sur ce qui façonne la société sadique décrite ici est plus complexe et part de ma réflexion sur le sadisme de la Reine, la souveraine qui donne l’impulsion. En tant que supérieure hiérarchique absolue, elle a la possibilité d’exprimer ses émotions sans restreinte, de la façon qui lui plaît davantage, et elle n’a théoriquement pas besoin d’imposer des sévices physiques et sexuels pour prendre la mesure de son pouvoir. D’aucun pourrait suggérer que l’imposition de la violence lui permet de le réaffirmer, de le matérialiser sous le regard de tous, mais pourquoi alors donner un pouvoir équivalent à ses sujets, nobles ou pas? Je ne vois pas d’autre explication que le fait de sa perversion sadique : elle apprécie profondément la souffrance humaine. Il en va de même de ceux et celles qui sont sous sa gouverne, même les paysans qui gravitent dans les villages environnants.

 L’émoi sexuel d’une petite fermière devant la fessée reçue par Beauté et le sourire enjoué, voire satisfait, des petits pages attitrés aux coups de paddle ne sont que deux des mille signaux inscrits à même la trame du récit et qui rendent la douleur d’autrui délectable. J’ai dû lire plus de 100 pages avant de mettre le doigt sur le trouble qui m’envahissait en parcourant ces pages, non pas à titre de sadique, mais de masochiste. Si ce livre est comme un grand fantasme fait mots par Anne Rice, il représente l’expression la plus pure du fantasme masochiste ultime : se retrouver à la merci de bourreaux parfaitement sadiques, qui ne se préoccupent pas de plaire, de donner du plaisir, mais qui se servent sans compter, sans se fatiguer, insatiables.

Ce fantasme est partagé par de très nombreuses soumises qui se buttent avec un brin de désarroi à la réalité, qui fait que presque tous les êtres sont dotés d’empathie et d’écoute, peuvent être manipulés et attendris, se fatiguent ou connaissent des baisses de libido.  La société sadique d’Anne Rice devient dès lors le cadre au service du fantasme masochiste de ses lecteurs.