Le problème avec ces filtres perceptifs est qu’il est difficile de les reconnaître pour ce qu’ils sont.

Je me souviens d’une soirée dans un bar où j’avais commenté sur l’apparence d’une employée que je trouvais de mon goût; l’un des gars attablé avec moi (qui me connait depuis toujours) a noté comment elle partageait certains points communs avec au moins deux de mes ex… C’est ce commentaire qui m’a fait remarquer pour la première fois mon attrait pour certaines caractéristiques. Avant cette prise de conscience, je les appréciais assurément, sans ramener mon appréciation à ces caractéristique en particulier… Même si c’était principalement sur elles que reposait mon appréciation.

Ce soir-là, un premier voile tombait. C’était avant que je m’intéresse au BDSM. 

Après ma découverte du monde kinky, j’ai eu l’occasion d’explorer à fond mes préférences. Étant donné que j’étais avec des partenaires soumises, plusieurs étaient enchantées d’adopter ce qui me plaisait en terme de maquillage, chaussures, lingeries, accessoires. En ayant la possibilité de me taper du tac au tac une écolière, une fille gothique, une femme fatale, une geisha, une poupée humaine et quoi encore, je me suis mis en contact avec à peu près tout ce qui me faisait fantasmer auparavant. 

Si vous pensez que je dois être l’homme le plus heureux du monde pour cela, détrompez-vous.

C’est un peu paradoxal et ça n’est pas facile à expliquer… Je vais tenter de le faire en mettant de l’avant deux facettes du phénomène.

Prenons mon appréciation pour le maquillage. Il était un temps où voir une fille avec des yeux charbonneux et de longs cils était suffisant pour me faire tourner la tête en me faisant m’imaginer comment elle devait être une fille fantastique. Le fait est que rien d’autre que mon kink me donnait à penser ainsi. Mon appréciation d’elle n’avait rien à voir avec la réalité et tout à voir avec le fait que ce genre de fille tombait particulièrement dans mes goûts…  

Dans la jeune vingtaine, j’ai eu la chance de vivre un coup de foudre. En entrant dans la pièce, pouf! Je suis tombé sous le charme (et réciproquement). Elle m’apparaissait incarner tout ce que j’avais toujours désiré… Mais les mois suivants se résumèrent à une longue et pénible découverte que nous n’étions pas bien assortis du tout… Elle incarnait peut-être mon idéal en termes de ce qui capture mon regard, mais mon "amour" ne tenait pas compte de sa personne entière… Un peu comme je mentionnais hier, je n’étais pas en relation avec une femme entière, mais avec un morceau de femme. Un morceau qui me plaisait, certes… mais dans les faits, je devais aussi composer avec le reste! Cet épisode illustre bien une tendance dans laquelle je me suis empêtré plusieurs fois avant de la reconnaître.  

La deuxième facette est un peu plus complexe à décrire. Je disais comment la domination m’a permis de transformer mes partenaires soumises en reflets de mes fantasmes. Ici encore, j’ai vite rencontré un cul-de-sac. Les premières fois, c’était l’extase, mais rapidement, aussi précises que fussent mes instructions, je ne retrouvais pas dans les atours de mes partenaires le frisson que me causaient les inconnues qui portaient pourtant le même genre de trucs. Était-ce l’attitude qui faisait la différence? Était-ce le fait que les inconnues étaient des "surprises" alors que mes copines n’étaient que le reflet de mes instructions? Peut-être était-ce la familiarité qui bousillait tout ça…?

Après quelques années de réflexion, je pense que la raison tient au fait que j’étais intime avec mes partenaires. Le voile était déjà levé sur elles en tant que personnes entières… elles ne pouvaient plus être un objet de fantasme à la manière d’une inconnue dont je ne connais que l’apparence stimulante. Mes partenaires demeuraient elles-mêmes, peu importe leur accoutrement ou leur maquillage; c’est comme si notre intimité diminuait l’imact de mes préférences en ce qui a trait à l’apparence. 

En somme, mon double problème était que les inconnues de belle apparence que je séduisais étaient souvent des déceptions; les femmes soumises que j’ai séduites pour transformer selon mes préférences le temps d’une soirée n’ont pas été une source de satisfaction profonde non plus. 

Voilà pourquoi mes expériences n’ont pas fait de moi l’homme le plus heureux du monde… L’exploration de mes kinks et mes préférences m’a démontré hors de tout doute que ça ne pouvait pas m’exciter et me satisfaire au point où je l’aurais espéré alors que le tout n’était que du monde du fantasme. Je pense que c’est l’une des choses qui m’ont conduites à ma phase tristement blasée de fin 2007. Les voiles si attirants au loin m’avaient attiré comme un taureau, mais leur tombée me laissait devant… rien. Au point où mes anciens kinks ont perdu une part importante de leur attrait (et malheureusement, rien n’est venu les remplacer). 

Ça n’est qu’une fois élodie entrée dans ma vie que j’ai pu guérir… et trouver le morceau manquant. L’amour. Je trouve élodie toute belle au naturel et lorsqu’elle se maquille ou se vêt pour moi, c’est la femme complète que je vois et qui m’excite, et pas son maquillage ou ses vêtements. L’essentiel, c’est elle. Je ne fais plus l’erreur de m’arrêter à quelque superficialité que je reconnais vraiment pour ce qu’elle est: un voile…