État de l’union: La danse des voiles
Mon "État de l’union" de l’an passé se terminait sur un billet appelé "Transcender le BDSM". Je faisais état de l’évolution de ma réflexion, particulièrement de ma position par rapport au BDSM, à sa représentation coutumière et à la communauté dans laquelle tout ça s’inscrit. Ma conclusion ultime s’énonçait ainsi:
Ma sexualité inclut le BDSM, mais le BDSM n’est pas ma sexualité.
Le point d’arrivée de l’an dernier est devenu le point de départ de celle-ci… Ayant cadré le BDSM dans ma sexualité, il me restait à mieux en comprendre le reste! C’est dans la foulée de ma série Du côté de chez Oedipe… que je vous présente la suite de mon cheminement. Cette fois-ci, la réflexion sera davantage introspective… C’est pourquoi j’appose le libellé "Humain" à ce billet et aux suivants.
Ce qui résume le mieux les nouveautés auxquelles j’ai été confronté ces derniers mois, c’est que les voiles se sont mis à tomber. Je m’explique… j’ai l’impression de voir avec beaucoup plus de lucidité qu’avant ce qui me motive et ce qui m’excite; je suis capable de discerner lorsque mes pulsions ou mes réactions proviennent de processus inconscients et de les considérer comme tels… Un peu comme le spectateur assistant à un spectacle de magie qui réussit à percevoir le dispositif, le "truc" du magicien, j’ai la satisfaction de mieux comprendre tout ça au prix d’une part de ma naïveté… Et du plaisir gaga que je pouvais en retirer. Mais peut-être qu’il vaudrait mieux que j’élabore sur ces "voiles" et ces "trucs" avant de trop m’embourber dans les métaphores!
J’ai entendu dire un jour que nous n’étions jamais vraiment en relation avec les autres; nous sommes en relation avec *les représentations qu’on a* des autres. Cet écart peut évidemment s’expliquer par un manque d’information - si on est en relation avec un infidèle qu’on croit digne de confiance, par exemple - mais ça n’est pas tout… Nos préférences profondes, nos relations marquantes, nos parents même (Oedipe n’est jamais loin!) peuvent teinter notre rapport au monde et notre façon d’être en relation… par exemple: si quelqu’un a un fétiche pour le look d’écolière, une fille en kilt avec des bas aux genoux l’aura facilement dans sa poche qui qu’elle soit réellement (changez la fille, gardez le look: le résultat sera le même!); inversement, si elle est rencontrée habillée "normalement", elle n’aura pas de pouvoirs particuliers sur notre fétichiste fictif. C’est là un premier niveau de "voiles": on peut très bien être attiré par un aspect de quelqu’un au détriment de tout le reste de sa personne… Un look, une partie du corps, une attitude…
Notez que l’attitude marque un passage d’aspects concrets à d’autres plus diffus, plus "sociaux"… C’est la question des rapports, des dynamiques, des façons d’être. L’assurance empreinte de détachement de l’asshole lui fera marquer des points auprès des jolies jeunes filles insécures; certains hommes se pâment devant la fille froide et distante qui les rejette plutôt que s’intéresser à celles qui sont chaleureuses et accessibles; d’autres ne demandent qu’à se prosterner devant des dominantes assumées, qui qu’elles soient… ainsi de suite.
Ce genre d’attrait puissant est souvent ancré dans le passé développemental ou sexuel de l’individu. En ce qui me concerne, je crois avoir mis le doigt sur plusieurs de ces ancrages et des ficelles qui s’y rattachent. Lorsque les circonstances les tirent et suscitent quelque émoi chez moi, je sais maintenant les reconnaître pour ce qu’elles sont. Cela me donne une certaine lucidité et un pouvoir certain sur ce qui jusqu’à tout récemment était des automatismes.
Je vous en parle plus précisément demain!
