Je lis des ouvrages de psychologie ces temps-ci, surtout d’inspiration psychanalytique (même si on ne colle pas nécessairement à la vision orthodoxe de Freud). La profondeur de certaines analyse est carrément fascinante… Même si plusieurs principes peuvent être douteux ou controversés du fait que certains penseurs les projettent sur tout le monde ("j’ai une peur d’être castré, moi? Ah oui?"), il y en a certains qui sont une belle source d’intelligibilité…
Tenez, hier je suis tombé sur une analyse qui parlait de la genèse du masochisme - pas la seule, mais un élément important -. On part de l’enfant qui a des besoins ou des désirs et qui les manifeste de la seule manière qu’un bambin sans force physique ni autonomie peut faire: il crie, il pleure, il gesticule. Bref, il exprime sa colère ou sa frustration.
Le parent est l’objet d’amour le plus important de la vie du bambin. Si le parent réprime de façon stricte l’expression de la colère et de la frustration de l’enfant, les chances sont minces qu’il dirige ses émotions vers le parent en question, parce qu’inconsciemment, il craint le retrait de l’amour parental. Si on se souvient que la crise de l’enfant était en fait l’expression de ses besoins, cela revient à dire qu’il fait l’association suivante…
Expression des besoins = réprimandes parentales
Réprimandes parentales = culpabilité
donc Expression des besoins = culpabilité.
L’enfant empruntera inconsciemment la stratégie qui revient à taire l’expression de ses besoins, et à retourner sa colère et sa frustration contre lui-même.
À quoi peut ressembler un tel enfant devenu adulte en portant toujours ce rapport au monde et aux autres? L’auteur que je lis présentement soutient que pour le masochiste sexuel, le fait d’être battu, de son point de vue, revient à dire "en me faisant mal, tu me comprends et m’acceptes; tu ne me juges pas, alors c’est ok d’être excité sexuellement dans ces moments-là".
Évidemment, c’est une généralisation qui peut différencier considérablement si on étudie un cas particulier. Je me doute aussi que cette présentation succincte ne peut pas faire justice au pouvoir explicatif de la théorie… Alors j’ajouterai une autre illustration, à rebours celle-là. Imaginons un individu masochiste-BDSM. Imaginons que cette personne recherche un partenaire intransigeant, qui sait exiger et s’assurer que ses exigences sont respectées.
N’est-ce pas le milieu idéal pour quelqu’un qui ressent une culpabilité dans le fait d’exprimer ses besoins, et dont l’une des blessures est la peur de perdre l’amour ("parental" transféré ici au partenaire)? L’individu se retrouve dans un milieu où on s’attend qu’il n’exprime pas ses besoins - le dominant-sadique va s’en occuper à partir des préférences qu’il connaît *à partir de ses propres besoins*. Dans la tête du masochiste, on évite les principaux écueils inconscients: pas de culpabilité et peu de chances de perdre l’amour du partenaire parce qu’on choisit de taire l’expression de ses désirs en remettant le contrôle à l’autre.
Et du côté du dominant? Malheureusement, j’ai trouvé peu de choses sur le sujet - mais je n’ai pas fini de chercher. Je connais assez bien ce qui me motive, moi, et c’est étrangement semblable à ce que je vous ai décrit ici. Mais nous y reviendrons!

Je ne sais pas si au cours de vos lectures vous avez eu l’occasion de lire les théories relatives aux différents types d’attachements (premier lien affectif entre l’enfant et le “donneur de soin”). Si cela n’est pas le cas, je vous les conseille c’est très éclairant aussi.
Comment by humeur.joueuse — 16/6/2009 @ 5:02 pm