Avant-hier, j’ai exposé un peu grossièrement l’une des pistes de la psychanalyse pour expliquer le masochisme. Qu’en est-il du dominant? Qu’en est-il du sadique? Je dois dire avoir trouvé peu de choses sur le sujet dans mes lectures jusqu’à présent. Et comme c’est souvent le cas en psychanalyse (résistances inconscientes et tout), mon propre fonctionnement demeure opaque à moi-même.
J’ai déjà des bribes importantes qui me permettent quand même de comprendre certains aspects…
Il y a quelque chose que je savais mais dont j’ai récemment redécouvert l’importance à travers mes lectures… l’ambivalence. Notre esprit (notre monde social? notre langage?) encourage les positions tranchées… "J’adore ma femme", "ma mère est une sainte: elle nous a tout donné", "j’ai un amour inconditionnel pour mes enfants"… Et cette tendance fait que nous avons souvent de la difficulté à accepter les émitions qui vont à l’encontre de notre position…
"J’adore ma femme"… mais elle me frustre souvent.
"Ma mère est une sainte: elle nous a tout donné"… mais elle nous culpabilise de ce que nous ne faisons pas pour elle.
"J’ai un amour inconditionnel pour mes enfants"… mais des fois, je leur tordrais le cou!
Comme dans le cas des masochistes, ces sentiments ambivalents qui se maintiennent sans être examinés pendant des mois et des années finissent par être intégrés à la personne et déformés inconsciemment… et ils viennent jouer subrepticement en ressortant projetés ailleurs. "La mère" peut très bien devenir "les femmes", par exemple. Ou par inversion, l’homme frustré peut tomber éperdument amoureux d’une collègue qu’il croit capable de combler ses frustrations (gardez en tête que je simplifie!). Personne n’est parfait; ça contribue à ce que tout un chacun développe des relations ambivalentes à un niveau ou un autre et des blessures (parfois symboliques mais tout-à-fait réel: après tout, elles ont une influence, un "poids" qu’il ne faudrait pas négliger).
Voyons mon cas… J’ai eu une vie heureuse et sans aucun de ces événements-pivots qui marquent la vie et le développement. Un père peu impliqué mais soucieux pour mon bien, une mère très aimante - ça, c’est la partie explicite, non ambivalente. J’ai ressenti beaucoup de colère envers ma mère, colère qui ne pouvait pas être exprimée dans le cadre de mon quotidien - il suffisait qu’on lève le ton pour que ma mère l’enterre immédiat avec un HEEEEEILE! BAISSE LE TON! (le fait que ce soit elle qui parlait le plus fort n’était pas inaperçu par mes yeux d’ado!).
Je pense que malgré le fait que j’aime ma mère et que ma mère m’aime, ce sentiment de colère ravalée m’a fait développer une certaine hostilité inconsciente envers les femmes… Tout en étant follement amoureux de "elles" collectivement. Je me suis toujours senti confortable avec des femmes auprès desquelles je savais avoir l’ascendant - que ce soit en raison de l’expérience, de l’admiration qu’elles me portaient ou (éventuellement) de l’âge, mais ce ne sont pas seulement elles que j’ai fréquenté. Même si je ne le réalisais pas à l’époque, le premier critère qui me rendait heureux dans une relation était la capacité de ma partenaire à communiquer plutôt qu’à jouer sur les attentes, les sous-entendus, la manipulation… J’ai toujours préféré mille fois une femme qui demande ce qu’elle veut plutôt qu’une femme qui se plaint après coup de ne pas l’avoir obtenu sans jamais avoir exprimé son besoin. Alors imaginez le pire scénario… une femme manipulatrice et culpabilisante, quelle horreur! La ressemblance avec ma mère n’est pas fortuite!
Amoureux fou des femmes mais allergique à la culpabilisation… Fan de femmes envers qui j’ai l’ascendant… le chemin vers la domination se clarifie, n’est-ce pas?
Au début de ma démarche, je me défendais d’être sadique. Ce que je voulais, c’était d’abord le contrôle mais aussi la discussion ouverte avec l’autre. Après tout, en connaissant précisément les fantasmes et les limites de l’autre, et sachant qu’elle aime que je prenne les devants, n’étais-je pas précisément dans le type de relation qu’il me fallait? Je pouvais me faire plaisir, déferler sur elle comme un tsunami, tout en sachant qu’en faisant exactement ce que je voulais, je la satisfaisais aussi…
C’est bel et bien ce qui m’a conduit à la domination. Demain, je vous parlerai de ce qui m’a conduit au sadisme…