Réflexion par Janus30/6/2009 8:39 am

J’ai parlé de jeu BDSM et de malaises physiques en discutant du fantasme du parfait sadique hier, mais le coeur n’est-il pas la zone la plus sensible de la masochiste, donc la plus susceptible d’être malmenée?

Le parfait sadique prendra-t-il le temps de consoler sa princesse lorsqu’elle a le coeur gros, lorsqu’elle est réduite en larmes par un geste ou une parole qui résonne dans ces blessures d’enfance? Lorsqu’elle se sent fatiguée, faible ou vulnérable? Lorsque l’imposition de l’autorité ne suffit plus, et que tout son être a soif plutôt de tendresse et de bras qui la serrent fort? Je ne crois pas. Et c’est là, plus que dans le reste, que le fantasme réalisé tournerait au vinaigre - je crois du moins. Mais je me trompe peut-être… qu’est-ce que je sais des soumises après tout? ;)

Les Visages de Janus feront relâche (probablement) jusqu’à lundi prochain. On déménage!  

 

Réflexion par Janus29/6/2009 8:37 am

Un gros merci à élodie pour cette discussion autour de Sleeping Beauty! 

Je retiens particulièrement cet extrait:

Si ce livre est comme un grand fantasme fait mots par Anne Rice, il représente l’expression la plus pure du fantasme masochiste ultime : se retrouver à la merci de bourreaux parfaitement sadiques, qui ne se préoccupent pas de plaire, de donner du plaisir, mais qui se servent sans compter, sans se fatiguer, insatiables.

Ce fantasme est partagé par de très nombreuses soumises qui se buttent avec un brin de désarroi à la réalité, qui fait que presque tous les êtres sont dotés d’empathie et d’écoute, peuvent être manipulés et attendris, se fatiguent ou connaissent des baisses de libido. 

élodie mentionne comment ce fantasme fait fi des limites des dominants, mais j’y vois autre chose dans la lignée de mes réflexions récentes… Le fantasme masochiste ultime représente aussi ce qu’il y a de plus autodestructeur (malsain?) dans l’impulsion masochiste. Si les "bourreaux parfaitement sadiques" mis en scène dans The Sleeping Beauty ne sont pas restreints par des considérations altruistes, il reste que le "contrat littéraire" - la dynamique mise en place par l’auteure en regard des buts qu’elle vise avec son récit - s’assure que Beauty n’est jamais sérieusement en danger et que malgré ses humiliations variées et les réticences qu’elle peut avoir en son for intérieur, elle ne fait jamais face à ce qu’une femme réelle appellerait ses limites dures.

Il est vrai que ça aussi, ça fait partie du fantasme… On peut rêver être maltraité durant trois jours et trois nuit, le démembrement, le bain de larves vivantes et autres atrocités ne font pas partie du plan! Mais qui sait ce qui fait partie du plan du sadique parfait…

C’est là que la limite se situe entre fantasme et réalité, entre "tout est magique (même si c’est hard!)" et "qui sait comment ça va tourner"… Le fantasme est d’être poussée à bout sans le moindre signe de compassion (tout en restant dans ce qui nous excite et en respectant nos limites)… dans la réalité, de deux choses l’une… Soit le sadique parfait se fout des préférences et des limites de la personne comme de son confort ou de ses supplications (danger!)… Soit le sadique moins-que-parfait doit négocier comme c’est coutume dans le milieu, perdant beaucoup de spontané, mais invitant en même temps tout un cadre de préoccupations pour "agir comme il faut"…

Le fantasme est plus cool du fait que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes; la réalité fait qu’on doit s’assurer que ça finit par ressembler au fantasme au prix d’un peu de sa magie!

Réflexion par élodie26/6/2009 9:37 am
Anne Rice aurait-elle connu elle-même les délices du bdsm, ne serait-ce que la morsure du paddle? Je n’ai pas pris le temps de faire le tour d’Internet pour lire ce qui s’y dit, mais j’ai relevé plusieurs détails dans son récit qui me semblent appartenir à l’intimité de nos pratiques… Par là, je veux dire qu’on ne se promène pas en ébruitant certaines séquelles physiques de nos pratiques; pour savoir, il faut pratiquement avoir expérimenté. À ce chapitre, Anne Rice évoque à de nombreuses reprises les "welts", ces petits boutons qui se forment sur la peau frappée fortement, souvent la peau des fesses qui se prête bien aux percussions. Elle ajoute d’ailleurs au réalisme en évoquant à quelques reprises ce que Janus appelle "spanking sweat", cette fine couche de sueur qui recouvre le corps lors d’une bonne fessée.
 
Vers la fin de la course de pony girls sur le "bridle path", Beauté vit une sorte d’épiphanie qui correspond à ce plongeon dans le subspace. Le mystère du subspace est abordé à quelques autres reprises, notamment, avec Prince Alexi. D’autres détails, comme l’obsession de plaire à tout prix qui efface progressivement la difficulté de ce que l’on chercher à accomplir, viennent compléter ce portrait qui me semble digne d’avoir été peint par une initiée… ou la confidente très envieuse d’une adepte! ;)
 
Je me permets sur ce de vous souhaiter en mon nom, ainsi que celui de mon amour-Maître, une excellente fin de semaine.
Réflexion par élodie25/6/2009 9:10 am

The Claiming of the Sleeping Beauty donne à voir un éventail assez systématique des pratiques "humiliantes." À ceux et celles qui se demanderaient encore comment on fait pour faire rougir une fille, Anne Rice offre plusieurs réponses: être nue et exposée, éprouver du désir et du plaisir dans un contexte socialement inacceptable et pire, donner à voir une abondante manifestation physique, être ravalée au rang d’objet dénué de pensée, être corrigée à coups de gifles et de paddle et être offerte n’en sont que quelques exemples.

Le dernier m’a donné matière à réflexion. Beauté, en particulier lors d’une conversation avec un autre esclave appelé Prince Alexi, essaie de quantifier et de comparer l’humiliation ressentie lorsqu’elle a été corrigée devant de rustres fermiers à celle éprouvée face à la noblesse du Palais de la Reinte ou encore, sous le regard d’Alexi qui fait battre son coeur. Est-il pire d’être humilité par plus bas que soi, par plus haut, ou aux yeux de celui qu’on aime? Une question bien embêtante, je dois l’avouer.

Être humiliée par plus "bas" que soi, c’est être délogée de son piedestal, ramené à un endroit qu’on a peut être tout fait pour échapper. Je suis mal à l’aise avec la connotation un peu élitiste de "plus bas"; par là, je veux simplement dire, pour lequel on n’éprouve pas d’admiration et par rapport auquel on se sent une forme ou une autre de supériorité. Chez moi, un fantasme d’humiliation pourrait prendre la forme d’une interaction forcée avec un grossier ignorant et manipulateur.

Être humiliée par plus "haut" que soi, c’est ressentir son imperfection jusqu’au plus profond de sa chair… Pas facile pour une perfectionniste qui tend à exceller en toute chose; l’encoche à l’égo fait peut-être d’ailleurs partie de l’humiliation. C’est à cette enseigne que loge mon grand fantasme de soumission: Celui qui me domine doit inspirer le respect, être mon égal ou mon supérieur intellectuel, et très certainement, un guide dont j’apprécie la sagesse et le regard sur la vie.

Enfin, être humiliée aux yeux de celui qu’on aime et qui nous aime en retour… Étrangement, cette forme d’humiliation m’échappe de plus en plus, car plus j’aime Janus et plus le sentiment d’être humiliée disparaît au profit d’une joyeuse complicité, un laisser-aller dans les sensations que nous nous procurons mutuellement. L’humiliation présume une face à préserver, une image à défendre, or la relation amoureuse permet de dépasser cette image, ou plutôt, à incorporer sa négociation au travers du lien. Est-ce à dire que l’humiliation disparaît d’une relation où la confiance envers l’autre est totale? Le futur nous le dira bien.

Pour ce qui est de Beauté et d’Alexi, ils concluent à l’inverse que les formes d’humiliation sont infinies et que s’il est possible de s’habituer à une configuration, un esprit véritablement sadique parviendra bien à en trouver une nouvelle pour la remplacer. Il faut dire que leur esclavage n’a rien à voir avec l’amour.

Réflexion par élodie24/6/2009 9:12 am

Pour toute sa malchance, Beauté possède néanmoins un "talent naturel" qui, dit-on, lui épargne bien des souffrances: elle transforme presque spontanément la douleur et l’humiliation en excitation sexuelle. Un peu comme dans "la vraie vie", par là, entendre "les rapports D/s qui s’inscrivent dans une réalité partagée par plusieurs d’entre nous, la société sadique d’Anne Rice semble tirer une partie de son énergie motrice du plaisir grandissant (et inassouvissable) que les esclaves tirent des traitements qui leur sont réservés. Bien que l’absence de plaisir ne constitue pas un frein, loin s’en faut, il semblerait que l’impuissance des princes et princesses asservis face à la montée de leur propre excitation sexuelle soit la destination et un important maillon de leur docilité grandissante.

Le livre présente toute une stratégie afin de cristalliser l’association entre "douleur" et "plaisir" chez les déténus. Ils sont attachés dans un hall, puis stimulés et frappés en alternance ou en même temps, sans jamais être poussés jusqu’à l’orgasme. À plus ou moins brève échéance, tous finissent par créer un pont entre les deux… Certains souffrent davantage pour y parvenir. Cette même idée est reprise avec force dans "The training of O", un site Web qui vend des vidéos de supposées esclaves "entraînées" à apprécier souffrance, inconfort et humiliation. La capacité à "éroticiser" la douleur est évaluée, appréciée, et fait l’objet d’un entraînement (plus symbolique que fonctionnel, je ne pense pas que ce genre de conditionnement soit l’affaire d’un fois…) qui semble bien populaire chez les fans du site.

Ça m’a fait réfléchir à ma propre cette situation. Spontanément, je me suis davantage alignée avec Beauté, chez qui la douleur prend vite le chemin du plaisir, mais en y réfléchissant davantage, ce n’est pas si simple. D’abord, toute jeune, ma première jouissance physique est survenue dans un contexte d’inconfort physique considérable. Peut-être l’association entre douleur et plaisir s’est-elle opérée dès ce moment-là et perpétuée au travers de mes expériences. Plus significativement, la masturbation et la détente s’en suivant est devenu un mécanisme de gestion du stress pour moi, en particulier, le stress face à l’imposition d’autorité. Dans mon cas, la figure autoritaire paternelle doublait souvent son autorité de coups, ce qui fait que peu après avoir été battue, je me retrouvais souvent à me consoler au lit en jouissant au travers de mes larmes.

Cette époque est révolue, mais ça remet certainement en question ma conception un peu naïve de mon propre talent naturel à associer douleur et plaisir. Anne Rice elle-même reste floue sur d’éventuels fondements à l’association spontanée chez Beauté. Mon professeur d’analyse littéraire aurait certainement fait un lien entre le fuseau qui lui perce le doigt (douleur), suivi immédiatement, du moins dans sa conscience, par le plaisir sexuel donné par le Prince. Je me demande s’il y a véritablement une telle chose qu’une association spontanée, sans racine. Cette appréciation ne découle-t-elle pas toujours d’un certain apprentissage?  Kink d’endorphine, excitation de voir son Monsieur excité, association mentale avec des récits lus, des films vus…

Dans tous les cas, je pense que l’esprit et l’expérience jouent un rôle capital dans la sublimation de la douleur en plaisir et que le masochisme naturel de Beauté a quelque chose d’aussi utopique que le sadisme universel de son entourage.

Réflexion par élodie23/6/2009 9:46 am

Le contexte dans lequel Beauté évolue est très particulier : hormis les princes et princesses venus payer un tribut à la reine par leur esclavage, tous les autres disposent du droit de châtier. Les cuisiniers, les garçons d’étables, les coiffeurs et habilleurs, tous sont autorisés à battre les esclaves. Je dirais même plus! Du plus commun des serviteurs jusqu’à la favorite de la reine, tous savourent chaque opportunité de s’emparer d’un paddle et de martyriser les captifs. Qu’est-ce que cela illustre? Qu’est-ce que cela nous dit?

Est-ce à dire que la société sadique de ce roman d’Anne Rice est moins hypocrite que la nôtre? Combien d’entre nous dissimulent leur hostilité dans leur cœur? Combien d’autres d’avèrent incapable d’exprimer leurs frustrations et retournent l’agression contre eux-mêmes? Ce qui est certain, c’est que dans « The Claiming of the Sleeping Beauty », l’expression de cette part d’ombre n’est nullement réprimée. D’ailleurs, dès que les esclaves disposent de la possibilité de blesser à leur tour, ils le font sans réserve, tout en constatant le plaisir qu’ils en tirent avec une certaine horreur. Un claquement de doigt, et ils retournent de l’autre côté des coups…

Mais je pense qu’il y a plus dans ce déchaînement sadique que l’extériorisation désinhibée de la violence au cœur de chaque humain. Il y a aussi une telle chose qu’une démocratisation carnavalesque du pouvoir par la violence. Avec le terme « carnavalesque », je fais ici référence aux écrits de Mikhaïl Bakhtine qui le présente comme un renversement temporaire des hiérarchies et des valeurs dont le carnaval représentait un exemple frappant au Moyen Âge. Les plus pauvres se déguisaient en Sieurs, les plus nobles étaient moqués et ridiculisés, et l’espace d’une semaine ou d’une nuit, la pression autoritaire exercée sur « le peuple » était dissipée grâce au symbolisme au cœur de la manifestation. Ceux et celles qui s’intéressent à concept riche gagneront à lire cet article sur Wikipedia.

Bien entendu, la logique carnavalesque du roman d’Anne Rice est incomplète, car  il y a une certaine noblesse qui évolue dans le Château de la Reine qui ne subit pas ce renversement des hiérarchies. Peut-être ce système dans lequel ils sont à la fois « plus bas » et « plus haut » crée-t-il une sorte de status quo, un équilibre dynamique les confortant dans leur position. Et les seules « vraies » victimes de ce système ne sont toujours qu’une poignée de princes et de princesses qui l’ont eue facile avant leur arrivée, et qui repartiront quelques années plus tard vers leur propre château et leur suite. Ingénieux.

La dernière piste sur ce qui façonne la société sadique décrite ici est plus complexe et part de ma réflexion sur le sadisme de la Reine, la souveraine qui donne l’impulsion. En tant que supérieure hiérarchique absolue, elle a la possibilité d’exprimer ses émotions sans restreinte, de la façon qui lui plaît davantage, et elle n’a théoriquement pas besoin d’imposer des sévices physiques et sexuels pour prendre la mesure de son pouvoir. D’aucun pourrait suggérer que l’imposition de la violence lui permet de le réaffirmer, de le matérialiser sous le regard de tous, mais pourquoi alors donner un pouvoir équivalent à ses sujets, nobles ou pas? Je ne vois pas d’autre explication que le fait de sa perversion sadique : elle apprécie profondément la souffrance humaine. Il en va de même de ceux et celles qui sont sous sa gouverne, même les paysans qui gravitent dans les villages environnants.

 L’émoi sexuel d’une petite fermière devant la fessée reçue par Beauté et le sourire enjoué, voire satisfait, des petits pages attitrés aux coups de paddle ne sont que deux des mille signaux inscrits à même la trame du récit et qui rendent la douleur d’autrui délectable. J’ai dû lire plus de 100 pages avant de mettre le doigt sur le trouble qui m’envahissait en parcourant ces pages, non pas à titre de sadique, mais de masochiste. Si ce livre est comme un grand fantasme fait mots par Anne Rice, il représente l’expression la plus pure du fantasme masochiste ultime : se retrouver à la merci de bourreaux parfaitement sadiques, qui ne se préoccupent pas de plaire, de donner du plaisir, mais qui se servent sans compter, sans se fatiguer, insatiables.

Ce fantasme est partagé par de très nombreuses soumises qui se buttent avec un brin de désarroi à la réalité, qui fait que presque tous les êtres sont dotés d’empathie et d’écoute, peuvent être manipulés et attendris, se fatiguent ou connaissent des baisses de libido.  La société sadique d’Anne Rice devient dès lors le cadre au service du fantasme masochiste de ses lecteurs.

Réflexion par élodie22/6/2009 8:04 am

Cela doit faire au moins trois mois que mon Amour-maître m’a parlé d’un best seller d’Anne Rice: la trilogie "Les infortunes de la belle au bois dormant", dont le première tôme est "The Claiming of the Sleeping Beauty." Compte-tenu de mon appréciation des scénarios extrêmes, il était convaincu que je m’en délecterais. L’autre soir, il m’a carrément mis le livre entre les mains et envoyée lire en guide de prélude au sommeil. J’ai demandé à Janus la permission de partager avec vous diverses réflexions suscitées par cette lecture. J’espère qu’elles seront intéressantes à la fois pour ceux et celles qui sont familiers avec livre et pour ceux qui ignorent tout.

Petite mise en contexte, donc, pour le bénéfice de ces derniers… Ce roman érotique présente une autre version de "la vraie histoire" de la Belle au Bois dormant. Une fois réveillée par son Prince Charmant à l’aide de vigoureuses pénétrations, Beauté l’accompagne dans son royaume où la vie d’esclave l’attend plutôt que celle de Souveraine et de génitrice de la descendance royale, une dérogation aux fables qui se terminent par "Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants."

Son Prince s’étant amourachée d’elle, de sa beauté et de sa dévotion en particulier, elle semble obtenir quelques faveurs, mais pour l’essentiel, elle se joint à des dizaines de princes et de princesses asservis pour le plaisir de la Reine du Royaume. Tous de bonnes familles, ils savent qu’ils retourneront tôt au tard dans leur famille, leur tribut payé et leur personne grandement améliorée… bien que ce point puisse sembler un peu nébuleux.

Demain, j’explorerai une première facette de cette société bien particulière, qui aime à transformer certains de ses Souverains en soumis. 

Réflexion par Janus19/6/2009 7:41 am

Hier, ça n’est pas pour rien que j’ai commencé mon propos en soulignant le caractère ambivalent de relations que nous présentons pourtant seulement sous un seul jour.

C’est à travers l’étude de cette ambivalence que je peux comprendre ma fibre sadique, et ici encore, c’est à ma maman qu’il faut remonter (si seulement elle savait!). Je décrivais hier comment, à mes yeux, le caractère subtilement manipulateur de ma mère m’avait rendu allergique à celles qui cherchent à me contrôler ou au sentiment de culpabilité qu’elles pouvaient me faire ressentir, et j’avais souligné comment la position de dominant dans une relation D/s (même si je n’étais pas sadique) convenait parfaitement pour esquiver ce qui mettait du sel dans mes petites blessures. 

Je vous ai aussi dit comment, dans ma famille, il était malvenu d’exprimer son mécontentement ou sa colère. Vous pourrez sans doute suivre mon raisonnement: ma colère ravalée envers ma mère que j’aime et qui m’aime s’est retrouvée quelque part dans mon insconscient, à peu près complètement refoulée. Je n’étais conscient que de mon amour pour les femmes durant ce temps… 

(Parenthèse: au milieu de la vingtaine, une amie psychologue m’avait dit un peu comme ça que j’avais "un problème avec la colère", ce que j’ai évidemment nié… Dans ma tête, j’étais bien capable d’exprimer ma rage et mon agressivité… Mais j’en suis venu à lui donner raison une fois mes défenses percées. C’est ce qui a rendu possible la réflexion dont je vous fait part… C’est bien ce qu’il y a d’agaçant dans la psychanalyse: certains vont vous pondre des analyses pertinentes que vous n’êtes pas prêts à entendre, ou encore des liens apparemment sorties de nulle part ("j’ai peur d’être castré, moi?") que vous rejeterez comme inintéressantes ou farfelues… Dans le premier cas, votre psy y verra du déni… dans le second aussi! Comment reconnaître la bonne analyse qu’on rejette par déni de la mauvaise analyse qu’on rejette avec raison? Pas facile… Fin de la parenthèse!)

Le fait de commencer à dominer a été l’occasion pour moi d’explorer de façon saine les émotions que je refoulais depuis toujours. Évidemment, une fois devant une soumise, je ne me suis pas mis à l’injurier en lui donnant des coups de poings, mais leurs préférences a été une occasion pour moi de rendre, par jeu et par plaisir, des femmes inconfortables ou humiliées. La chose n’est pas évidente pour moi, et le processus s’est fait tranquillement. Certaines expériences ont été plus porteuses, dont celle racontée ici. Mais même avant cet épisode, les moments magiques étaient ceux où ma partenaire était réellement ébranlée. C’est dans ma première relation que j’ai découvert le plaisir de la gifle - notez comment j’en parle avec une pointe de gêne en 2007. Je notais l’effet physique puissant (je bande très fort, pour ceux qui auraient besoin d’un dessin). Je n’ai jamais été un gros fan de percussion interminable - 30 minutes à fouetter, non merci - mais ce qui est plus organiques, comme les claques et coups de poing, n’importe quand! J’ajouterais dans la même lignée que je remarque de façon de plus en plus appuyée comment j’aime mordre, que ce soit la croquée qui laisse un bleu ou le simple fait de toucher la joue d’élodie avec mes dents… 

Ma relation avec ma mère m’a fait hériter d’une hostilité envers les femmes à la fois profonde et inconsciente… Si profonde que je commence tout juste à la mettre au jour. Si ça n’était du BDSM, je ne l’aurais peut-être jamais su. Je pense que c’est la raison pourquoi je suis un misogyne-pour-rire… Assez pour rire du A**hole’s guide to handling chicks et de m’amuser des petits travers de la pensée féminine, de leur société, de leur sexualité et ainsi de suite… La domination, par son caractère consensuel, me permet de mettre de côté le bon gars qui adore les femmes de côté; la gifle, la morsure m’excite physiquement parce que l’énergie refoulée est libérée lorsque je me permets d’aller au-delà de mes blocages… Cela revient à dire que ma colère d’enfant que j’avais ravalée peut finalement sortir du fait que je maltraite quelqu’un qui devient un symbole de la cause de la colère en question (mère -> femmes). 

Écrire cette réflexion m’a fait réfléchir sur une autre que j’avais eue l’an dernier à propos de maltraiter ceux qu’on aime… La porno BDSM me laisse froid et je n’ai pas d’intérêt à jouer avec des inconnus tandis que je me permets d’être d’autant plus cruel et libéré dans mes caprices lorsque je suis avec quelqu’un d’intime. Serait-ce l’autre versant de mon ambivalence amour-hostilité?

Oufff! C’est profond comme réflexion! J’ai gagné ma fin de semaine. ;)

La semaine prochaine, je passerai les commandes à élodie, à qui je laisse le soin de présenter ce qu’elle souhaite traiter. À bientôt! 

Réflexion par Janus18/6/2009 9:44 am

Avant-hier, j’ai exposé un peu grossièrement l’une des pistes de la psychanalyse pour expliquer le masochisme. Qu’en est-il du dominant? Qu’en est-il du sadique? Je dois dire avoir trouvé peu de choses sur le sujet dans mes lectures jusqu’à présent. Et comme c’est souvent le cas en psychanalyse (résistances inconscientes et tout), mon propre fonctionnement demeure opaque à moi-même.

J’ai déjà des bribes importantes qui me permettent quand même de comprendre certains aspects…

Il y a quelque chose que je savais mais dont j’ai récemment redécouvert l’importance à travers mes lectures… l’ambivalence. Notre esprit (notre monde social? notre langage?) encourage les positions tranchées… "J’adore ma femme", "ma mère est une sainte: elle nous a tout donné", "j’ai un amour inconditionnel pour mes enfants"… Et cette tendance fait que nous avons souvent de la difficulté à accepter les émitions qui vont à l’encontre de notre position… 

"J’adore ma femme"… mais elle me frustre souvent.

"Ma mère est une sainte: elle nous a tout donné"… mais elle nous culpabilise de ce que nous ne faisons pas pour elle. 

"J’ai un amour inconditionnel pour mes enfants"… mais des fois, je leur tordrais le cou!

Comme dans le cas des masochistes, ces sentiments ambivalents qui se maintiennent sans être examinés pendant des mois et des années finissent par être intégrés à la personne et déformés inconsciemment… et ils viennent jouer subrepticement en ressortant projetés ailleurs. "La mère" peut très bien devenir "les femmes", par exemple. Ou par inversion, l’homme frustré peut tomber éperdument amoureux d’une collègue qu’il croit capable de combler ses frustrations (gardez en tête que je simplifie!). Personne n’est parfait; ça contribue à ce que tout un chacun développe des relations ambivalentes à un niveau ou un autre et des blessures (parfois symboliques mais tout-à-fait réel: après tout, elles ont une influence, un "poids" qu’il ne faudrait pas négliger). 

Voyons mon cas… J’ai eu une vie heureuse et sans aucun de ces événements-pivots qui marquent la vie et le développement. Un père peu impliqué mais soucieux pour mon bien, une mère très aimante - ça, c’est la partie explicite, non ambivalente. J’ai ressenti beaucoup de colère envers ma mère, colère qui ne pouvait pas être exprimée dans le cadre de mon quotidien - il suffisait qu’on lève le ton pour que ma mère l’enterre immédiat avec un HEEEEEILE! BAISSE LE TON! (le fait que ce soit elle qui parlait le plus fort n’était pas inaperçu par mes yeux d’ado!). 

Je pense que malgré le fait que j’aime ma mère et que ma mère m’aime, ce sentiment de colère ravalée m’a fait développer une certaine hostilité inconsciente envers les femmes… Tout en étant follement amoureux de "elles" collectivement. Je me suis toujours senti confortable avec des femmes auprès desquelles je savais avoir l’ascendant - que ce soit en raison de l’expérience, de l’admiration qu’elles me portaient ou (éventuellement) de l’âge, mais ce ne sont pas seulement elles que j’ai fréquenté. Même si je ne le réalisais pas à l’époque, le premier critère qui me rendait heureux dans une relation était la capacité de ma partenaire à communiquer plutôt qu’à jouer sur les attentes, les sous-entendus, la manipulation… J’ai toujours préféré mille fois une femme qui demande ce qu’elle veut plutôt qu’une femme qui se plaint après coup de ne pas l’avoir obtenu sans jamais avoir exprimé son besoin. Alors imaginez le pire scénario… une femme manipulatrice et culpabilisante, quelle horreur! La ressemblance avec ma mère n’est pas fortuite! 

Amoureux fou des femmes mais allergique à la culpabilisation… Fan de femmes envers qui j’ai l’ascendant… le chemin vers la domination se clarifie, n’est-ce pas? 

Au début de ma démarche, je me défendais d’être sadique. Ce que je voulais, c’était d’abord le contrôle mais aussi la discussion ouverte avec l’autre. Après tout, en connaissant précisément les fantasmes et les limites de l’autre, et sachant qu’elle aime que je prenne les devants, n’étais-je pas précisément dans le type de relation qu’il me fallait? Je pouvais me faire plaisir, déferler sur elle comme un tsunami, tout en sachant qu’en faisant exactement ce que je voulais, je la satisfaisais aussi… 

C’est bel et bien ce qui m’a conduit à la domination. Demain, je vous parlerai de ce qui m’a conduit au sadisme… 

Réflexion par Janus17/6/2009 9:13 am

humeur.joueuse a commenté suite au billet d’hier qu’elle voyait beaucoup d’intérêt aux théories de l’attachement. Je suis très familier avec la notion et je partage son impression… Tant qu’à parler de psychologie du BDSM, autant faire le détour, d’autant plus qu’elles ont été une source importante de réflexions pour élodie lorsque je lui en ai parlé.

Dans les années ‘70, certains chercheurs comme Bowlby ou Ainsworth ont tenté d’étudier en laboratoire certains principes psychanalytiques, dont celui de la qualité de l’attachement envers la mère. Pour faire une histoire courte, on observe chez certains enfants un attachement dit "sécurisant", c’est-à-dire qu’ils sont capables de se servir de leur parent comme d’une base de sécurité à partir de laquelle ils peuvent explorer leur environnement. Pour ceux-là, en cas d’expérience désagréable ou troublante (comme l’arrivée d’un étranger, par exemple), la mère réussira à consoler efficacement le bébé. 

Un autre type d’attachement est décrit comme "anxieux-ambivalent". Les enfants qu’on catégorise comme tels tendent à coller à leur parent plutôt qu’explorer; leurs explorations sont faites de façon non structurée. Ils semblent souvent craindre qu’on les abandonne - c’est la partie "anxieuse" qui les décrit. La partie "ambivalence" vient du fait que lorsque leur peur de l’abandon s’avère confirmée, leur parent n’apparaît plus comme une source de réconfort: l’enfant peut être fâché contre lui, refuser les étreintes… et pleurer. 

Certaines recherches ont tenté de classer des individus adultes selon leur type d’attachement. Ici encore, le type "anxieux-ambivalent" est caractérisé par une peur de l’abandon qui se manifeste comme un désir de fusion à l’autre (évidemment souvent déçu, ce qui confirme la peur de l’abandon et continue le cycle!) et d’une émotivité en dents de scie où l’amour-passion peut côtoyer la colère et la déprime profonde… durant la même journée. En d’autres termes… des paquets de trouble. ;)

Qu’est-ce qui détermine les styles d’attachement? Principalement l’attitude du parent nourricier (en relation avec le tempérament de l’enfant). La constance de l’environnement et le sentiment de l’enfant d’être en sécurité semblent les deux éléments les plus importants pour développer un attachement sécure. Mais tous les parents ne sont pas en mesure de les offrir… 

Cette présentation est assez superficielle, du genre qu’on retrouve dans les manuels de psycho du développement. Ceux qui s’y intéressent n’auront aucune peine à creuser davantage le sujet!