La troisième question que je posais à la suite de mon analyse de la progression du Lien à L’étudiante était… Si le plaisir est dans la découverte et le fait de repousser ses limites… Une fois qu’on a exploré au maximum les excès, que reste-t-il sinon un état blasé difficile à dissiper?  

Lorsque j’explore les annonces de sites de rencontre, je vois souvent des soumis et des soumises demander "le dominant qui me fera repousser mes limites" ou d’autres variations du même thème. Cette idée de reculer le monde connu pour plonger dans le mystère, dans l’inusité, dans l’inédit n’est pas sans intérêt, je l’avoue - après tout, ça n’est pas pour rien que dans la pornographie vanille autant que dans les récits BDSM, on retrouve souvent l’idée d’initiation. À tout prendre, l’initiation n’est-elle pas le premier pas du connu à l’inconnu, guidé par des gens qui ont déjà fait le chemin?

Je pense qu’à peu près tout le monde qui a fait du BDSM a commencé porté par des fantasmes à réaliser, des sensations à vivre. C’est bien normal: faut commencer quelque part! Ensuite, les découvertes vont se faire de manière plus ou moins graduelles, sur une plus ou moins longue période de temps. Cependant, plus on fait du chemin, moins il en reste à faire: c’est une évidence, une tautologie.  

La question… vers quoi tout cela mène? 

Ça dépend bien entendu de ce qui a conduit l’individu à se lancer dans cette direction. Je ne souscris pas à l’idée que tout le monde sera tenté d’explorer des activités de plus en plus extrêmes, de plus en plus taboues. Je pense que chez plusieurs, l’exploration permettra de toucher ses limites, mais plus encore, sa zone de confort, la définition de ce qui, au-delà des fantasmes et des rêveries, s’avère réellement agréable ou excitant. Ceux-là trouveront éventuellement leur équilibre, peut-être en restreignant les activités pratiquées à celles qu’il préfère… "moi, le bondage c’est ok de temps en temps; j’aime les fessées, mais pas avec autre chose que la main", et tutti quanti. On oublie parfois qu’il n’y a rien de mal à adopter seulement quelques pratiques BDSM et que les checklists ne sont pas une liste de choses à faire absolument! Après tout, la grande majorité des couples vanille se limitent à une poignée d’actes et de positions et n’en sont pas moins heureux, non?

Ceux pour qui c’est l’idée même d’excès et de transgression m’inquiètent… Parce que pour eux, leur quête ne peut pas s’arrêter. Si quelqu’un focalise sa démarche sur le nouveau… Chaque nouveauté ne reste pas nouvelle longtemps! On passe donc à la suivante… À ce rythme-là, ça peut dégénérer rapidement. Je pense que c’est d’autant plus inquiétant si la personne s’y lance jeune, et encore plus si ses fantasmes sont alimentés par les racoins les plus déjantés de la pornographie en ligne. Combien de temps avant qu’on se mette à rechercher une orgie gore de transsexuels scatophiles qui jouent avec des cadavres de bébé chèvres? XD 

Blagues à part, lorsque le focus de la démarche est de transgresser les limites, ça vaut la peine de se poser la question… "et après?" Que se passe-t-il lorsqu’on a traversé la frontière? 

Si on retourne en terre connue grandi par notre exploration, pas de problème.

Si au contraire on s’embarque déjà pour la frontière suivante qui miroite au loin… ça peut être une pente glissante!