Et si le BDSM était malsain? 4e partie
Je concluais le message d’hier en disant "Les moins tendres, les plus "sérieux", ceux qui se targuent d’en faire un mode de vie plutôt qu’un jeu m’apparaissent comme les plus susceptibles de figurer au nombre de ces cas-problèmes.". En fait, il y a une convergence entre cette définition et la notion de paraphilie clinique, la version pathologique du sadomasochisme qui devient la source favorite de gratification, éclipsant les autres plus conventionnelles…
Pour conclure cette semaine de réflexion, je crois qu’il faut faire un détour par la philosophie… du plaisir. La justification morale principale du BDSM vient du safe, sane, consensual, qui permet à des partenaires de se laisser aller à leurs envie complémentaires sans faire de victime (en principe). On peut se claquer dessus, s’attacher et s’humilier l’esprit tranquille. Ceci posé, faisons un parallèle.
Dans le cas d’un alcoolique ou d’un accro à la drogue, il est possible que sa consommation soit la source d’un plaisir très réel. Un plaisir qui, néanmoins, à des yeux externes, paraîtra "faux": on lui dira que sa consommation l’isole, qu’il s’en sert pour fuir la réalité, qu’il ferait mieux de trouver des sources de plaisir plus acceptables, plus "vraies"…
Je pense qu’un discours similaire peut être tenu envers ceux pour qui le D/s est l’idéal relationnel. Peut-être que le fait de se peindre d’abord comme dominant ou comme soumise est une façon de se placer en position de reconduire des enjeux non résolus. Face à des pulsions complexes à l’origine opaque, le BDSM est une porte de sortie pour "se vivre complètement", mais comme chez le drogué, ce choix de mode de vie a également un coût. Chez la personne soumise, ce sera peut-être de se priver de la partie plus chaleureuse et tendre de la vie affective.
Au cours des discussions que j’ai eues avec mon élodie, et qui m’ont conduites à cette réflexion, elle m’a avoué que si elle avait trouvé le Maître cruel et froid sur lequel portaient ses fantasmes abstraits, elle n’aurait pas pu vivre éternellement dans ces conditions qu’elle cherchait néanmoins. De mon côté, elle a plutôt trouvé amour, respect, accueil et compréhension. Je pense qu’à moyen terme, sa façon de vivre le BDSM risque d’évoluer. Même si la soumission risque de rester son orientation sexuelle et la façon la plus sûre de l’exciter, le fait de dénouer certaines de ses blessures la font progresser dans sa conception d’elle-même et de ses relations. Et je vous parie que le résultat final nous surprendra éventuellement.
Si le BDSM n’est pas toujours sain, avec un amour réel, et un travail continu d’introspections et d’ajustements, on peut finir par lui donner sa place idéale: une source d’excitation qui ne nuit d’aucune façon à l’accomplissement de soi.
