Récits par Janus31/12/2008 10:16 am

J’avais mon élodie au creux de mon bras, et nous regardions la télévision, profitant de cette proximité complice dans laquelle nous aimons finir nos journées. 

Une vague d’élans carnassiers me traverse: je lui serre le cou, je lui tire les cheveux et j’obtiens quelques gémissements. J’ai envie de claquer. Nous ne sommes pas en position. Je n’aime pas gifler dans le mauvais angle, et ses fesses sont hors d’atteinte. 

Je le caresse la cuisse, prends un peu de retrait, et abats mon poing fermé sur le côté de sa jambe. Un frisson me traverse, celui de l’élan satisfait, celui du sadisme exprimé. Je recommence. Elle se tord avec un râle plaignard mais excité. Je continue…

Je réalise que même si je n’hésite plus depuis un moment à frapper la paume ouverte, j’avais un blocage à l’idée de refermer ma main… pourtant la sensation est toute autre, pas désagréable du tout… c’est comme comparer le "clac!" de la cravache au "thump!" du martinet lourd… Et l’endroit choisi était encore sensible le lendemain. Décidément, une technique à raffiner! 

Récits par élodie30/12/2008 11:31 am

Vous ais-je déjà dit que mon amour-Maître a l’esprit le plus magnifiquement tordu que je connaisse? Et à quel point j’aime?

Vendredi soir, il a réussi à me surprendre deux fois. Au début de la soirée, il m’a d’abord fait enfiler certains de ses cadeaux de Noël. Les jambes galbées de magnifiques bas mi-cuisse avec une bande en satin, de nouvelles boucles suspendues aux lobes et les cils couverts de mascara tout droit sorti d’un tube neuf et luxueux, j’avais l’impression de valoir au moins un million de dollars… Déjà passablement allumée, et lui aussi, je soupçonne, nous aurions pu nous contenter de culbuter dans le lit… mais l’homme qui tient ma laisse avait d’autres plans, semble-t-il…

Il m’a d’abord demandée de passer un manteau seulement et c’est à moitié nue que j’ai pris le volant de sa voiture pour une promenade dans les rues de la ville, pour une petite course qui aurait pu attendre, sans doute. Ma peau a frissonné sans fin contre la doublure en satin de mon long manteau noir, mes restreintes en cuir qui dépassaient de part et d’autre des manches du vêtement.

Au retour, humide et encore frissonnante de cette escapade, je me penchée comme il le désirait sur le divan du salon où il m’a fouettée jusqu’aux premiers sursauts de protestation de mon corps. J’aime quand il fait cela, car je sais qu’il sait que je ne suis pas une tricheuse et que je ne me tortille qu’en cas de douleur sérieuse… Je sais aussi qu’il sait qu’il peut continuer, que j’accepte tout, mais que cela nous amènera alors dans un autre terrain de jeu et toutes les soirées n’ont pas à se terminer en larmes ou en subspace, n’est-ce pas?

C’est donc "attendrie" mais pas suppliciée que je me suis dévêtue à ses ordres pour sauter dans la douche, qui est un de nos lieux de prédilection pour jouer, en particulier à la dégradation. Alternant entre pénétration et DT bien senti, l’excitation a monté encore d’un cran pour lui comme pour moi, mais je sentais, je savais qu’il cherchait quelque chose pour me faire perdre complètement la tête. Il a entouvert le rideau de la douche et a passé ses doigts sur la lunette de la toilette avant de les présenter devant ma bouche et en bonne petite chienne, j’ai léché avidement. Content mais non satisfait, mon amour-Maître a alors pétri le savon de l’index et du majeur et fourré le tout dans ma bouche tentée de protester.

Bien malgré moi, j’ai émis un long gémissement de plaisir mélangé de surprise et d’inconfort. Il doit aimer mes yeux de chienne offensée, car il a enfoncé son sexe entre mes lèvres pour mieux jouir.

C’est un amour-Maître un brin vulnérable et rougissant qui m’a accueillie au lit pour un sommeil bien mérité en murmurant, d’un timbre coquin: "J’crois que j’suis un vrai sadique!" J’ai souri en l’embrassant, tout en me disant que je ne comprends pas les Dominants. Il m’a couverte de salive et d’urine, il m’a fouettée, gifflée, attachée, fait ramper et j’en passe… Mais le vrai sadisme, c’est m’imposer une touche de savon, semble-t-il… Ah, ces doms!  

Courrier par Janus29/12/2008 11:03 am

Je me suis fait approcher par un curieux sur JALF qui semblait avoir des questions traitant de certaines idées reçues sur le sadomasochisme… Je vous fais part de notre échange.

— 

Comment as-tu débuté? 

Durant ma longue relation "classique" avec mon ex, j’ai rencontré sur internet une communauté de praticiens de BDSM. La curiosité m’a conduit à m’intéresser à la chose, et après la fin de ma relation (pour des raisons non connectées!), j’ai décidé de plonger. C’est sur JALF que j’ai trouvé ma première partenaire. 

Comment ca ‘fonctionne’? Est-ce qu’il y a relation sexuelle pendant une session, ou si le plaisir s’obtient simplement par voie BDSM ? 

Chacun ses goûts. Certains puristes vont dire que le sexe dans le BDSM, c’est pas du vrai BDSM. Je leur dit bullshit. Pour moi, le BDSM est à son meilleur lorsqu’il est fait dans le cadre du sexe, que ce soit pour s’exciter ou encore durant l’acte. Il m’arrive cependant de jouer sans qu’il y ait du sexe - en contraignant ou en dirigeant ma copine, par exemple. C’est un autre genre de trip, je ne le fais pas dans un cadre sexuel mais davantage par jeu (et parce que mes caprices excitent beaucoup ma copine, ce qui est extrêmement sexy). 

Est-ce que c’est encore possible pour toi d’avoir une relation sexuelle sans BDSM et d’obtenir ton plaisir (par exemple, tu rencontres un type sur la rue, vous vous plaisez mutuellement, mais il ne connait pas ton penchant pour BDSM, alors est-ce que vous faites l’amour quand même)? 

Définitivement. Je dirais même que mon kink #1 n’est pas propre au BDSM. Mais ça ne fait pas de doute que laisser libre cours à ma partie dominante est source d’excellents trips, dont je m’ennuierais éventuellement avec une fille un peu trop straight. 

Comment aborderais-tu la question, avec le type mentionné ci-haut? 

Une fois la complicité installée, je mets sur la table la question des fantasmes ou des expériences passées. Je reconnais cependant que pour certains, c’est un non-non final. C’est comme n’importe quelle préférence sexuelle: on ne peut pas faire comme si c’était excitant lorsqu’on est indifférent, encore moins si c’est un turn off. Je n’insisterais pas. Ça fait partie des règles du jeu relationnel! 

Est-ce que, comme dans une relation sexuelle typique, il y a des ‘accidents’ de parcours. (Une fois j’étais tellement excité, que je me suis laissé allé contre ma bonne volonté pendant la fellation…) Est-ce que ces accidents de parcours peuvent être dangereux pour l’humain? (Par exemple, une session avec fouet, ou le sang se met a couler…).

Plus tu joues rough, évidemment, plus il y a de risques. C’est pourquoi il faut bien savoir ce que l’on fait, expérimenter prudemment, et faire usage des filets de sûreté - des safewords qui signifient un arrêt du jeu, par exemple. Ces règles sont extérieures au jeu, et la plupart des joueurs avertis comprennent bien ces enjeux. 

Est-ce qu’il y a pratique de strangulation? 

Ça dépend des goûts individuels. Dans notre cas, oui. Jamais jusqu’à une perte de conscience.

Est-ce que les tenus en cuir/latex sont obligatoires? 

Pas du tout. Ce que tu fais chez toi, tu le fais comme ça te plaît, bien évidemment. Dans les soirées BDSM, les organisateurs indiquent s’il y a un code vestimentaire et en quoi il consiste. La majeure partie du temps, le "tout en noir" fait partie du lot; comme ça, les gens qui aiment le cuir et le latex peuvent se faire plaisir, ceux qui ne sont pas intéressés par la chose sont bienvenue, mais personne ne se pointe là avec des blue jeans et un T-shirt des Canadiens. 

Donc, si j’ai bien compris, les gens qui pratiquent le BDSM peuvent aussi bien être des comptables et des avocats que des concierges ou de servants, je veux dire, il n’y a pas de tenue vestimentaire exigée

C’est exact. 

cependant c’est préférable, pour s’afficher (un peu comme pour les homosexuels, on ne sait pas qu’ils le sont tant qu’on ne voit pas un des deux hommes dire a l’autre qu’il l’aime…) 

Dans notre cas, c’est beaucoup des communautés virtuelles qui permettent des discussions et des contacts (JALF en est un non-spécialisé, mais il y en a plusieurs autres). 

As-tu déjà discuté de ton penchant avec des membres de ta famille? Si oui, lesquels? -Comment ont-ils réagi? 

Moi, non, mais ma copine en a parlé à sa famille. Je pense qu’ils l’acceptent en la trouvant un peu étrange.

En tant que ’soumise’, est-ce qu’il y a des choses que ta partenaire a faites contre son gré?

Il y a deux degrés de "contre son gré"… le premier est de faire quelque chose de désagréable ou difficile, et ça, ça l’excite. Le second degré est quelque chose qui est hors-jeu et qui ne peut pas en faire partie - c’est ce que l’on appelle les "limites". Ça fait partie de l’arrangement entre dominant et soumise de respecter les limites. 

Ferais-tu des choses contre ton gré, même si la santé n’est pas en jeu? Je veux dire qui pourraient violer tes principes fondamentaux (je n’ai pas d’exemple pour illuster, désolé. Ah, oui, suppossons que tu es une hétérosexuelle à 100%, tu n’as jamais même penser à embrasser la joue d’une femme. Alors ton maitre arrive à la maison un soir avec une copine à lui, et pour son plaisir à lui, il t’ordonne de faire l’amour à cette femme. C’est très simpliste comme situation, j’aurais aimé trouve plus profond…) 

Au début des relations, les partenaires remplissent souvent des tests de limites qui disent de façon très précise ce qui est excitant (ou non), épeurant (ou non) et (c’est la partie la plus importante) ce en quoi consistent les limites à ne pas franchir. 

Tu vas surement répondre que ca depends des gouts de tous et chacun, mais est-ce que les gens s’urinent/defequent les uns sur les autres? -Est-ce que les gens incluent aussi les animaux, parfois, dans leur jeux? -Est-ce qu’il y a exclusivité entre Maitre/Soumis ou si le maitre peut avoir plusieurs soumis, mais le soumis peut avoir un seul maitre? 

Ce sont des questions auxquelles chaque couple doit répondre pour soi. Les jeux d’urine sont assez fréquents - tu as pu remarquer qu’ils sont dans notre liste de fantasmes - et ceux d’excréments, plus rares et un peu extrêmes. Idem avec les animaux. Nous ne pratiquons ni l’un, ni l’autre - c’est dégueu! (à nos yeux)

Est-ce qu’une personne soumise peut devenir Maitre un jour?

Ça arrive. Certaines personnes s’affichent "switch", à la fois dominants et soumis, donc il ne faut pas les voir comme des catégories étanches et mutuellement exclusives.  

Est-ce que ce sont des gens généralement ouvert, comme par exemple, les échangistes passent régulièrement des annonces dans les jounaux pour informer qu’il y aura une soirée bientôt, et que des gens respectueux peuvent s’y présenter, à condition de respecter les règles et la thématique de la soirée, simplement pour la curiosité de la ‘chose’?

Oui et non. Les soirées sont ouvertes à tous, mais étant donné qu’on joue avec des érotismes très variables d’une personne à l’autre, ce serait faux de prétendre que tout le monde accepte tout le monde tout le temps. Je conseille au gens de garder une p’tite gêne sur leur vie privée lorsqu’ils sortent en public!

 

Humain par Janus26/12/2008 11:12 am

J’ai passé d’excellentes fêtes. Le 24 dans la famille d’élodie, le 25 entre amis. Contrairement aux dernières années, je ne crois pas avoir trop abusé des plaisirs de la table… sans pour autant me priver dans le festin copieux que ma chérie a piloté hier… mmmmm… Des fêtes comme on les aime. Juste assez abusives!

Maintenant, je compte profiter du reste du congé pour pratiquer cette autre activité reliée au temps des fêtes: NE RIEN FAIRE!

(sauf mettre à jour Les visages de Janus, de retour à son thème BDSM dès lundi prochain!)

Profitez bien de la vie d’ici-là! :)  

Humain par Janus25/12/2008 12:00 pm

C’est déjà le second Noël que nous passons ensemble! J’espère que vous m’accompagnerez encore longtemps dans mes pensées à voix haute. :)  

À demain! 

Humain par Janus24/12/2008 9:41 am

Nous parlons beaucoup d’amour ces derniers temps, et il est vrai que le fait qu’élodie et moi vivions une histoire passionnée (et passionnante!) n’y est pas étranger… 

Pour Noël, je souhaite à chacun de vous de trouver l’être cher si vous êtes seuls, ou de vivre la plénitude amoureuse si vous avez déjà fait le choix de vous engager! C’est bien le plus beau cadeau, un cadeau qui change tout. 

Bon réveillon avec vos proches! Et si vous voulez me donner un petit cadeau… laissez un commentaire!  

Réflexion par élodie23/12/2008 11:38 am

Une amie dominante me parlait d’une séance qu’elle avait tenue avec sa soumise tout récemment et elle m’a fait parvenir quelques photos, magnifiques, de la jeune femme merveilleusement maquillée et habillée, et très alanguie. J’ai regardé le tout avec un vif intérêt, puis après avoir fait le tour, un constat s’est imposé à moi: il n’y avait pas une seule image de mon amie dominante!

Bien entendu, la soumise ayant été attachée et restreinte pendant une bonne partie de la soirée, le contexte portait peu à capturer l’image de sa Dominante, mais cela m’a rappelé un commentaire de mon amour-Maître à l’effet que les Dominants sont souvent "invisibles" dans les récits bdsm où le focus se fait davantage sur le corps souffrant et l’âme dévouée d’O ou de ses émules, sur la subjectivité soumise.

Le discours qui fait de la soumise celle qui s’efface derrière la volonté et la présence de son partenaire dominant me semble de plus en plus suspect. Depuis que Janus a mis un doigt sur ma nature de "attention whore", il devient de plus en plus évident que je ne suis pas seule, et que plusieurs soumis/es recherchent activement ce regard posé sur eux, ce focus narratif qui transforme leur victimisation en héroïsme.

En regardant les photos à nouveau, je les ai vues sous un autre jour. Symboliquement, la soumise de mon amie était la protagoniste de leur histoire et si elle n’était que le récepteur, son expérience était l’aventure dont on devait garder des traces. En y pensant bien, c’est vrai aussi des photos érotiques que je fais de temps à autre avec mon amour-Maître et la raison pour laquelle nous étions fiers du concept de notre bannière pour la refonte de ce blog: elle lui fait une place au Dominant autant qu’à la soumise, signalant que notre bdsm est une aventure partagée dont nous sommes les héros. :)

Réflexion par élodie22/12/2008 9:12 am

Je suis lancée sur une piste de réflexion que mon amour-Maître m’a invitée à jeter sur le papier et éventuellement, partager avec vous. Au fil des années qui passent, je réalise qu’il n’y a pas deux amours qui revêtent exactement les mêmes atours: chaque relation est unique et le sentiment amoureux qui s’en dégage témoigne éloquemment de cela. Le type de personnalité a aussi une incidence sur la forme que prend l’amour au sein du couple. Deux personnes très indépendantes sur le plan affectif risquent peu de développer de un amour-fusion…

Tout cela pour dire que j’ai eu une sorte de prise de conscience foudroyante il y a de cela un mois environ quant au visage de mon amour de soumise. Depuis le tout début, je me sens fortement attirée par tout ce qu’est et représente mon cher Janus à mes yeux et je n’ai pas tardé à intégré l’idée "d’amour" dans le titre d’amour-Maître. Admiration, confiance, désir de proximité, attachement tendre, volonté ferme de séduire, de plaire, de retenir, voilà quelques caractéristiques de cet amour qui a germé et fleuri en moi.

Pourtant, j’ai fini par réaliser une chose: le terreau de la soumission ne permet pas le même genre de floraison amoureuse que celui de la relation égalitaire, du moins, dans mes propres jardins intérieurs. L’égalité permet une familiarité qui débouche sur une forme d’intimité très précieuse, une complicité qui, à mes yeux, dépasse celle tant vantée du Maître qui peut faire rougir sa soumise d’un regard ou d’un commentaire en public ou avec des amis vanille. L’égalité dégage un espace où, en tant qu’humaine, je me sens plus libre d’exprimer mes besoins, mes insatisfactions, ma fatigue… mon état d’esprit. Oui, mon amour-Maître, comme plusieurs, préconisent la transparence dans les communications, mais c’est sans compter sur le fait que se maintenir dans la peau de la soumise obéissante 24/7 nécessite de prendre sur soi au moins un peu. Les Dominants y sont un peu aveugles, mais cette bonne volonté de la part de leur partenaire esclave huile des engrenages qui auraient vite fait de grincer et de se fatiguer si elles agissaient constamment et spontanément en femme libre.

À l’intérieur de cette identité d’esclave, j’ai pu toucher un peu à cette grâce souveraine que j’associe à la soumission, cependant, comme un carcan, cette identité empêchait certains mouvements, dont ceux du coeur. N’allez pas croire que c’est ce que désirait Janus, bien au contraire, mais c’était pour moi le résultat de notre relation D/s à temps plein: un amour contraint. À propos d’un tout autre sujet, mon amour-Maître écrivait récemment un billet intitulé "L’amour, les poings liés" et cela a trouvé un écho profond en moi. Le partenaire soumis d’un couple D/s peut-il entrer en relation amoureuse autrement que limité par ses entraves? Peut-être, mais pas moi.

Janus et moi avons donc apporté quelques modifications à notre relation pour en faire celle dont nous aspirons et non celle qui devrait être, une idée fixe de ce blogue très certainement, et depuis, il pousse des ailes à mon amour.

Réflexion, Doutes par Janus19/12/2008 10:03 am

Pour conclure ma réflexion des deux derniers jours, je vais revenir et insister sur un élément à ne pas négliger - nous avons affaire à des masochistes

Le masochisme n’est pas qu’érotique. Ou conscient.

Certaines personnes tendent à se mettre en situation de victimation à répétition, sans nécessairement y voir un pattern. Pour certaines, ça sera à tendance à tomber en amour et devenir satellite d’une personnalité forte et rayonnante de prestige… mais irrespectueuse, voire méprisante en privé. Pour une autre, ça sera l’attrait des bad boys qui la conduira à un (surprise!) bad boy infidèle ou impulsif. La liste peut s’allonger sans grand travail d’imagination. 

Dans le cas des échanges de pouvoir, comme je le soulignais, l’accent mis sur le consentement et le respect des limites permet en principe aux gens impliqués de se retirer d’une situation ou d’une relation inacceptable. Ceci nous ramène à la question que je posais… Que faire de ceux ou celles qui choisissent de demeurer dans une situation ou une relation inacceptable? D’entrée de jeu, le caractère inacceptable ne peut venir que d’un jugement extérieur, étant donné que la personne elle-même est prête à l’accepter. C’est là le coeur de l’enjeu, et nous nous approchons du point d’arrivée de mon argumentation. 

Le masochisme qui les conduit à se mettre en position de soumission en premier lieu (avec ce qu’elle implique de consentement) peut très bien n’être qu’une facette d’un masochisme psychologique plus large. Et sur le plan émotionnel ou relationnel, qui utilise des safewords? Si la masochiste-soumise croit mériter les mauvais traitements dont elle fait l’objet, qui pourra l’en sortir? Et si elle ne veut pas en sortir, parce qu’elle est sincèrement en amour…?

Je ne soutiens pas que tous les soumis(es) sont des victimes en puissance, et que tous les dominant(e)s sont de sales abuseurs. Le simple fait qu’il existe des individus dans chacune des catégories (et que ceux-ci soient généralement peu portés à l’introspection) et qu’ils évoluent sur la scène BDSM me fait peur… J’ai peur du jour où ils vont se rencontrer.  

 

Réflexion par Janus18/12/2008 10:29 am

Permettez-moi de revenir sur l’idée du complexe de la femme battue. 

La violence conjugale est inacceptable, autant dans le monde vanille qu’à l’intérieur d’échanges de pouvoir. En théorie, il est facile de départager violence "symbolique" (sous forme de jeu ou d’outil dans le cadre d’un échange de pouvoir consenti) et violence "réelle" (agressive, impulsive, méchante).

Dans les faits, les deux ne sont pas si clairement séparés qu’on pourrait le croire.

Je n’ai pas besoin d’aller chercher mes exemples très loin… Justement, quelqu’un qui dénigre son partenaire de façon mordante et sincère, quelqu’un qui le rabaisse et mine son estime de lui-même use d’une violence condamnable, à mes yeux du moins. Vu de l’extérieur, ce mépris est inacceptable, et on présume que la "victime" serait plus heureuse dans une situation où elle serait respectée profondément à l’extérieur d’une humiliation symbolique ou par jeu. Or, dans la situation fictive que je viens de décrire, le problème survient du fait qu’elle nourrit le masochisme du partenaire tout en le diminuant en tant que personne… Il est plausible qu’il croie mériter ce genre de traitement, et en accepter l’odieux pour en conserver la part d’excitation, d’attention voire d’affection reçue (parce qu’il serait faux de penser que les relations abusives sont dénuées d’affection… C’est ce qui maintient le cycle!). 

Un autre exemple que j’emprunte cette fois-ci à une sexologue montréalaise en l’applicant à la situation des échanges de pouvoirs… Quelqu’un qui accepterait d’avoir des relations sexuelles avec quelqu’un d’autre "par amour" - que ce soit de la bisexualité imposée ou d’être l’objet des attentions d’un partenaire qu’elle n’a pas choisi - peut compromettre son intégrité profonde tout en y consentant en surface. Pour être une bonne soumise. Pour être une bonne personne. Pour ne pas perdre l’amour de l’autre. 

Encore une fois, ces problématiques ne sont pas exclusives au BDSM. Mais la place donnée au consentement formel, et la volonté d’obéir et de répondre aux désirs du dominant peut faire que, paradoxalement, les soumises acceptent plus qu’elles le devraient (pour leur propre bien). 

Mais pourtant, elles consentent… Ça n’est qu’après que certaines réalisent, des fois, qu’elles n’auraient pas dû… Souvent une fois la relation finie. Leur amertume et leur ressentiment est bien compréhensible… Et même si elles se jurent qu’on ne les reprendra plus, leur sagesse a été payée à même leur chair, leur intégrité.