Je reprends aujourd’hui une question que je posais hier. "Qu’est-ce qui maintient votre couple ensemble?" Je vais ajouter sa réciproque: "qu’est-ce qui vous éloigne l’un de l’autre?"
J’ai vécu une longue relation vanille qui était fort agréable mais qui, au fil des ans, devenait une source de frustration sexuelle, même si au jour le jour je me sentais comblé. À un moment, nous sommes arrivés à la croisée des chemins… le statu quo pour des décennies encore? Ou remettions-nous sur la table notre mise bonifiée, au risque de perdre ce que nous avions, mais au risque aussi de s’en ressortir plus riches encore…?
Je le sais, je le sens: si j’étais resté avec elle, j’ai l’impression que dans une dizaine d’années, j’aurais dû faire face avec intérêts aux pulsions que j’avais embouteillées depuis le début de ma vingtaine déjà… Je pense que j’en serais venu à m’en vouloir, à lui en vouloir aussi, même si - je le répète! - nous étions très heureux au jour le jour. Mais lorsque je regarde ce que j’ai pu vivre depuis, je me rends compte que les désagréments d’une séparation (qui s’est quand même fait à l’amiable) auront valu la chandelle.
Je pense que les relations de couple d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec ceux de nos parents et grands-parents. Ces derniers mariaient leur première fréquentation sérieuse et on s’attendait d’eux qu’ils fondent une famille. Nos parents ont eu à trancher entre cette façon de voir et les options davantage hédonistes… "Est-ce que mon mariage est bon pour moi? Est-ce que cette relation me donne ce que je veux dans la vie?" Cette boîte de pandore relationnelle, une fois ouverte, a créé combien de divorces et de séparations? Même si on peut voir la séparation comme l’échec de la relation, c’est aussi un succès: la réussite de l’affirmation de soi, de ses désirs. Ceci me conduit à affirmer… si vous êtes malheureux en relation, si malgré certains aspects positifs, vous vivez dans la frustration, ne craignez pas de larguer les amarres (soyez-en particulièrement conscients avant qu’il soit question d’enfants et de procréation. Partir en quête d’un meilleur partenaire de vie, ça ne regarde que vous deux; briser une famille avec des enfants en bas âge annule toute ma réflexion jusqu’ici. Parce que dans ce cas-ci, il m’apparaît que le développement psychosocial des enfants est une priorité autrement plus importante que votre satisfaction érotique…).
L’expérience me porte à croire que pour plusieurs qui sont dans des relations insatisfaisantes - en raison d’asymétrie érotique, mais pas seulement cela - demeurent dans cette situation des années durant par peur de l’inconnu, par peur de faire mal à l’autre, par peur de ne plus être aimé comme on l’est dans cette relation.
Or…
Si l’inconnu vous fait peur, le connu vous frustre. Avant d’être dans cette relation, vous étiez dans l’inconnu… C’est de l’inconnu qu’a surgi beaucoup de vos expériences marquantes positives, qui une fois connues ne seraient échangées contre rien… Comme dit le proverbe, on ne peut pas découvrir de nouvelles terres sans perdre de vue le rivage!
Si vous craignez de faire mal à l’autre, ne perdez pas de vue que maintenir une couple dans un état d’insatisfaction ou même de frustration n’est pas sans souffrances d’une autre manière. Rappelez-vous: s’il vous manque quelque chose d’important, que vous en avez parlé, mais que rien n’a bougé… les chances sont bonnes pour que la tendance se maintienne indéfiniment. Et de grâce, ne vous lancez pas dans l’infidélité ou le mensonge sous prétexte de vouloir épargner l’autre. Cela donne une relation qui tient sur la tromperie et le mensonge, et qui dénature l’amour que vous prétendez avoir pour l’autre - n’est-ce pas plutôt que vous craignez égoïstement de le perdre?
Finalement, souvenez-vous que si vous vous sentez aimé dans une relation, c’est vous qui en êtes la cause - pas l’autre qui consent à vous faire une fleur. Si vous êtes dignes d’amour, vous le resterez pour d’autres personnes - et, je l’espère, une personne qui vous comblera. Pour peu que vous osiez…
Évidemment, on peut deviner à travers mes propos les réflexions qui m’ont conduit jusqu’à mon état actuel. Je pense que toute cette réflexion tient dans la classique expression… "la vie est trop courte". Trop courte pour se perdre en frustrations. Trop courte pour se permettre de refouler sa nature profonde. Trop courte pour choisir de vivre un engagement par habitude plutôt que par choix actif, et se réveiller un jour, que ce soit à 30, 50 ou 75 ans avec l’impression de ne pas avoir vécu.
Je suis en faveur d’un engagement réel et sincère, d’une véritable intimité complice, et d’une satisfaction érotique maximale. Cependant, tout n’est pas possible dans toutes les combinaisons d’individus en relation. Lorsqu’il manque une pièce importante, n’est-ce pas plus souhaitable de se remettre en quête, jusqu’au moment béni où, après avoir exploré une relation s’avérant satisfaisante, on peut conclure en disant: "j’ai trouvé"…
