Réflexion par Janus31/10/2008 8:50 am

Ce message reprend des éléments évoqués durant l’année dernière, mais sous un angle particulier - je réalise que je ne suis que moi, et ce que "moi" a à dire tend évidemment vers une certaine cohérence, de sorte qu’avec des écrits quotidiens, il est inévitable qu’il y ait certaines redites… mais je crois bien que cet élément du propos est inédit. 

Parlons de soumission chevaleresque, donc. Mais de quoi est-il question, au juste?

Nous n’avons pas à chercher bien loin pour reconnaître un type de relation amoureuse où, sans tomber dans le BDSM et la soumission formelle, nous retrouvons quand même un déséquilibre au niveau des pouvoirs, des décisions. Dans ces couples, c’est comme si la femme décidait de tout. Pas en forçant quoi que ce soit; simplement, c’est comme si l’homme se remettait au bon vouloir de son aimée pour tout ce qui est de la gestion du temps et des activités du couple. Évidemment, il n’y a rien de mal à ça. Mais on est loin de la représentation de l’homme comme chef de famille.

Je vais vous faire part de mes réflexions à ce sujet, alimentées entre autres du fait que je me suis retrouvé dans une telle dynamique en cours de route (ni souvent ni longtemps, mais assez pour donner à réfléchir). Je pense que le phénomènes conduisant à ce genre de rapport tient surtout d’une stratégie de séduction de fils à maman. Voyons voir…

L’homme qui cherche à séduire une femme va évidemment tenter de montrer patte blanche. Un peu comme les chevaliers des contes, il va se montrer serviable, gentil, il va mettre les besoin de sa dame au centre de ses préoccupations, et surtout, il va éviter à tout prix de lui déplaire - quitte à changer la personnalité qu’il affiche. Combien d’hommes sont radicalement différents selon qu’ils se trouvent avec leur gang d’amis, ou en présence de leur copine? Une fois la relation nouée, les choses se maintiennent: la demoiselle demande, le chevalier servant est heureux d’accéder à sa demande. Je dis que c’est un mode de séduction de fils à maman, parce qu’à mes yeux, ça trahit comment les gars de ma génération (et des années suivantes) sont à la fois proche de leur mère et plus ou moins socialisé à une masculinité en elle-même, et non tournée vers la féminité (c’est peut-être un bon sujet pour un autre jour).

Lorsque la séduction devient engagement, l’homme conserve souvent un îlot d’autonomie… Un hobby, des fréquentations masculines, des sports par exemple, où il peut être décideur et proactif. Dans le cadre de la relation, les décisions "de couple" (quoi manger, comment décorer, que faire des vacances, etc.) sont d’office remises à la dame, et le chevalier servant les accepte souvent sans pression… il est bien content qu’on s’en occupe pour lui! Je pense qu’un autre bon indice de cette tendance est comment, de façon quasi universelle, les "amis du couple" sont en réalité les amies de la fille (et leur copain à elles!)… tandis que les amis du gars sont un domaine extérieur au couple. 

Sur le plan fonctionnel, je pense que c’est l’arrangement "par défaut" de plusieurs couple qui l’adoptent sans réfléchir plus loin. J’en retiens que la masculinité, dans cette optique, se définit soit en marge d’une relation (le gars sera vraiment gars avec sa gang de gars), soit dans sa relation de couple à travers une soumission douce, "chevaleresque", en vue de plaire à celle qui incarne la féminité et qui est source d’amour (on a pas à chercher très loin pour voir le parallèle avec la mère). 

En somme, même si toutes les femmes sont très loin de l’iconique "Lyne la pas fine" des Invincibles (coming soon en France), il y a du Carlos dans beaucoup de gars.

Bonne fin de semaine à tous, et merci aux 4 qui ont commenté mon message précécent… ça fait toujours un énorme plaisir! Vous gênez surtout pas si vous avez des questions, des commentaires, des suggestions de thème. Ça ne fait jamais de mal d’amener de l’eau au moulin! 

Réflexion par Janus30/10/2008 9:28 am

Pour faire suite à mes réflexions faites sur la masculinité, je suis en train de vous préparer un billet sur la notion de "soumission chevaleresque" que j’évoque au passage que je compte vous livrer demain. C’est donc à suivre! 

Des fois, je me demande si je n’écris pas trop, si je ne risque pas de submerger mes lecteurs avec mes élucubrations interminables. En fait, mon commentaire vient de mes lecture de ce splendide blog, Beauty in darkness… Si c’était un livre, je le dévorerais… mais lorsque je me suis abonné au site avec Google Reader, j’ai eu de la difficulté à lire les 10 premiers articles qui, quoique longs, étaient bien pensés et bien écrits. Ça donne à réfléchir… Je vous demanderais de commenter, mais je sais que je n’aurai d’écho que d’élodie, M et peut-être ticoeur… Mais bon, c’est vrai que ce serait déjà ça. 

Réflexion par Janus29/10/2008 8:28 am

La question qui fait suite au billet précédent… si l’homme que j’étais ne voyait aucun, mais aucun intérêt aux jeux plus corsés - faire mal, humilier -, et que l’homme que je suis devenu y prend activement plaisir lorsque l’envie se manifeste, est-ce à dire que chacun de nous a tout un univers caché à explorer derrière ses résistances, sa censure personnelle? 

Ceux qui disent "nous avons tous un petit côté dominant / soumis / pervers / homosexuel (etc.)" auraient-ils raison?

Une chose est sûre: je ne veux pas explorer tout ça. Mais en même temps, il y était un temps où je n’aurais pas voulu explorer la domination non plus… 

Réflexion par Janus28/10/2008 9:06 am

Je l’ai avoué maintes fois: je ne suis pas né dominant. Néanmois, avant que je me découvre un penchant pour le D/s, j’étais loin d’être fermé à diverses coquineries… Une de mes ex et moi nous griffions le dos, et regardions le résultat en ricanant, tout excités… Dans le feu de l’action, imposer physiquement quelque chose avait son charme, et certains de mes moments sexuels les plus intenses étaient ceux où ma partenaire et moi perdions le sens du réel au point de se lécher le visage au complet dans des élans de passion animale ou lorsque je me laissais embraser au point d’agir avec brusquerie (pas très hard, je sais, mais j’étais encore loin d’avoir apprivoisé mon sadisme!).

Je me demande… guidé par les désirs et fantasmes de mes partenaires, j’en suis venu à débloquer un domaine d’érotisme insoupçonné - et le mot n’est pas trop fort: même lorsque je commençais à dominer explicitement, je me dissociais des jeux de douleur ou d’humiliation plus corsés. Je n’ai plus ce genre de scrupules maintenant… Étant passé d’un déni catégorique d’une partie de moi qui est "évidente" maintenant qu’elle est explorée, je me demande ce qu’il me reste à découvrir… mais encore plus: ce que ceux qui se donnent la peine de le faire pourraient découvrir en eux…

Décidément, je n’ai pas fini d’être fasciné par tout ça!  

 

Réflexion par Janus27/10/2008 8:23 am

Comme pour servir mon propos de la semaine dernière, les Lofteurs se sont fait servir une soirée sexy… 

Les hommes se sont fait habiller en tops transparents et masqués, et les filles en lingerie (c’est bon pour les cotes d’écoute!).

Une fois dans le lounge, ils découvrent avec stupéfaction un carcan, un fouet et tout le tralala.

On se fouette, on s’attache, on se verse de la cire… Et on aime ça (quoique le fait que peu d’images nous aient été présentées me fait penser qu’un malaise régnait peut-être après tout).  

élodie, qui se défend bien de trouver quelque intérêt à Loft Story (mais qui le regarde souvent du coin de l’oeil!) a eu pour réponse à mes rires… "Du BDSM à Loft Story!" 

Ce à quoi j’ai répondu que le tout m’apparaissait plutôt comme du vanille kinky… Des jeux de costumes et d’accessoires… mais en y repensant, ceux qui se sont prêtés au jeu - autant fouetteurs que fouettés - se sont laissés aller à des jeux de sensation intenses et de contrôle - quiconque a déjà été dans un carcan ne pourra pas le nier! 

Ça me ramène à ma réflexion sur les teintes de gris… Ils ont joué dans le plaisir et sans la sordidité de l’iconographie BDSM-cliché. Ils se sont aventurés un peu plus loin que le vanille… quelque part dans la zone grise qui fait le pont entre monsieur tout-le-monde et ceux qui se définissent comme dominants et soumis. 

 

Réflexion par Janus24/10/2008 8:24 am

Je vous disais hier comment le fait d’être "overwhelmed" par un homme semblait jouer sur l’érotisme féminin en leur donnant l’occasion de se sentir "femelle". 

La contrepartie, en ce qui me concerne, est que susciter chez ma partenaire ce genre de féminité vulnérable me fait sentir très mâle également. Une image me revient toujours en tête: un gros lion qui met sa grosse patte sur l’épaule d’une femelle, qui la tient immobile pour la prendre.

Je reprends mon idée des teintes de gris en l’appliquant cette fois aux hommes Dominants.

Depuis les 100 dernières années, la masculinité s’est profondément transformée. D’une société carrément dominée par les hommes, nous sommes passés à une société égalitaire (ou qui tente de le devenir). Les femmes ont pu progressivement s’arroger les traits de personnalité et les carrières traditionnellement associées aux hommes. Ma génération a été élevée dans un monde où il allait de soi que les hommes pouvaient pleurer, s’ennuyer de leur maman et faire preuve de sensibilité. D’un côté, les femmes peuvent être aussi "masculines" ou "féminines" qu’elles le veulent. En revanche, les hommes ont été encouragés à moins représenter l’homme traditionnel (considéré un peu ridicule, borné, dépassé). 

Les femmes qui ont intégré des valeurs masculines en sont progressivement venues à ne pas pour autant négliger ou sacrifier leur féminité - après tout, celles qui les ont précédées vivaient dans un monde d’homme et avaient leur preuves à faire; aujourd’hui, elles vivent dans un monde davantage mixte à la base. Pour l’homme, il y a encore beaucoup de travail à faire. Le déclin de l’homme rose et du métrosexuel laisse poindre un retour à la valorisation de la masculinité en ses propres termes… mais qu’est-ce que la masculinité, la virilité en 2008?

La domination m’a beaucoup aidé pour ce qui est de me mettre en contact avec une dimension de moi plus mâle. J’analyse par leur conduite que la quasi-totalité de mes amis masculins souscrivent à une espèce de soumission chevaleresque à leur copine (dont je vous parlerai la semaine prochaine), ce qui m’apparaît le prolongement de l’homme sensible "féminisé": que reste-t-il du conquérant, du chasseur, du lion, bref du Mâle? 

C’est justement en me fournissant une occasion (acceptée et définie d’entrée de jeu) d’être roi et Maître de femmes que j’ai pu explorer ce qui fait de moi un homme. Et ces caractéristiques que j’ai cultivées, sans surprise, viennent chercher une fibre femelle aussi bien enfouie chez mon élodie que le Mâle pouvait l’être chez moi, il y a quelques années seulement…

Réflexion par Janus23/10/2008 8:48 am

Lors d’une discussion sur les spécificités de la domination masculine par rapport à celle faite par des femmes, élodie m’a fait part d’un point commun dans l’érotisme de toutes ses amies, soumises ou pas. 

La sensation d’être "overwhelmed", d’être submergée, recouverte, emportée par la présence virile d’un homme. Je rajoute, avec une pointe de lyrisme: qui les fait sentir toutes petites dans les gros bras qui les serrent, sous les grosses mains qui courent sur leur corps.

Ici encore, ne peut-on pas reconnaître la racine d’une énergie comparable à celle recherchée par les soumises, cette perte de contrôle sous le joug d’une masculinité déferlante ou revendicatrice (selon qu’on a affaire à un dominant chaud ou froid)? 

Cela m’apparaît comme un indice de plus que ce que les soumises trouvent dans le BDSM est une accentuation d’éléments érotiques auxquels les femmes vanilles ne sont pas étrangères (pas toutes, à tout le moins). Sans supposer qu’il s’agisse d’une affaire de nature profonde, je ne crois pas qu’il soit exagéré de soutenir que cette idée d’être "overwhelmed" connecte la femme avec cette part de féminité plus animale qui se manifeste seulement lorsqu’elle se fait prendre… comme une femelle.

Réflexion par Janus22/10/2008 9:13 am

Si on présuppose parfois qu’il y a un vaste écart entre les gens dits "vanille" et les amateurs de BDSM, c’est peut-être parce qu’on s’attarde à la partie Sadomasochiste de la chose - et qu’on comprend le SM comme le simple fait de se faire mal à des fins érotiques. 

Pour la suite des choses, je vous invite à déplacer le focus vers autre chose… vers l’idée de sensations fortes. Tant qu’à y être, plutôt que des échanges de pouvoirs, considérons la notion de perte de contrôle

Nous pourrons ainsi regarder les rapports soi-disant vanille différemment…

Je pense qu’un grand nombre d’amants et maîtresses s’adonnent, dans le feu de l’action, à des caresses intenses où ils laissent s’exprimer l’animal en eux. Où on ne se contente pas de flatter: on empoigne, on griffe, on mord. Pour beaucoup, j’ai l’impression que ces moments intenses s’éteignent avec la passion des premiers moments - c’est pourquoi j’ai choisi de parler d’amants et de maîtresses plutôt que de conjoints. J’y vois néanmoins la manifestation de ce qu’ils ont d’animal, galvanisé par l’énergie unique des premiers moments. Avant que je découvre le BDSM, je dois vous dire que certains de mes épisodes favoris contenaient des éléments de cette nature. Je ne crois pas exagérer en y voyant la version "grand public" de ce qui, accentué et mieux assumé, devient du SM léger (qui, par ailleurs, ne m’apparaît pas comme un terme approprié considérant les connotation davantage cinglantes ou douloureuses de sadomasochisme). Une teinte de gris différente…

Secundo, la question de la perte de contrôle. On retrouve de façon larvée plusieurs éléments de perte de contrôle, particulièrement dans l’imaginaire féminin. Le fantasme du viol simulé est très fréquent sur JALF, et si aucune femme ne doit sincèrement vouloir être violée, on devine qu’une certaine proportion aimerait bien être forcée au sexe (par quelqu’un qu’elles désirent, malgré leur résistance). Faire l’amour les yeux bandés, s’attacher les mains avec un foulard apparaissent dans quasiment tous les articles sur "pimentez votre vie de couple"… Or, si ces pratiques toutes simples sont acceptables dans le cadre d’une sexualité "normale", ne vont-elles pas jouer sur la même énergie qui lie le dominant et la soumise?

Je suis conscient de ne pas partager avec vous une révélation complètement inédite. Mais si vous observez les relations de couple sous l’angle de la recherche de sensations fortes et de perte de contrôle, l’écart entre vanille et BDSM se rétrécit… 

La même réflexion peut s’appliquer même dans les différentes teintes de gris chez les amateurs de BDSM… ceux qui se défendent de "ne pas être SM" le font peut-être en raison de la connotation lourde et sordide de "sadomasochisme", qui après tout a été inventé pour parler d’un problème clinique…  

Réflexion par Janus21/10/2008 7:49 am
Dans les jours qui suivent, je vous parlerai ni de noir ni de blanc - mais ce qu’on retrouve entre les deux. Dans ce cas-ci, le "gris" sera ce qui distingue une sexualité dite vanille d’une sexualité qui ne l’est pas… mais aussi les rapprochements entre les deux modes, là où la différence n’est pas une question de présence/absence mais de degrés… Stay tuned! Et à demain…
Récits par Janus20/10/2008 8:45 am

J’ai passé une superbe fin de semaine avec mon élodie chérie. 

On s’est tapé un road trip samedi, et nous avons ramené plein de fromages et de pâtés locaux pour se faire un festin, mioum!

En soirée, j’ai compris quelque chose de nouveau à propos de la soumission de ma douce esclave. L’une de ces réalisations qu’on tient "au bout de la langue" de notre pensée, et qu’on réalise tout d’un coup. Je ne vous dis pas ce que c’est, cependant: je veux l’exprimer par mes actions plutôt que par mon discours… 

Un beau moment de la soirée: je l’ai envoyée se mettre un rosebud dans le derrière, et des boules de geisha dans le vagin, puis je lui ai fait tenir mon vin à portée de ma main, les yeux baissés, d’abord à genoux, ensuite déhanchée. C’est fou comment ces petits moments où elle est réduite à l’état de passivité peuvent être stimulants… et pas seulement pour moi. Ici et là, je pouvais la voir se tortiller - pour garder le bijou à sa place, mais aussi de gêne et de plaisir lorsque mes… attentions s’attardaient à elle. Une chose est sûre, ce serait une erreur de confondre immobilité et "ne rien faire" ;)  

Ensuite, nous avons eu droit à du sexe épique, dont je garderai la nature pour nous. Suffit de mentionner qu’elle m’a démontré sans rechigner ni hésitation qu’elle était bel et bien prête à se salir pour mon plaisir, ma jolie élodie… Et elle est sexy lorsqu’elle s’abandonne ainsi à quelque bassesse. Comme je suis chanceux d’avoir à moi pareille animale!