Au cours des 4 derniers billets, je vous ai présenté l’aboutissement de mes années dans le milieu BDSM. Je vous ai parlé de ma transformation en dominant, en rapport avec les occasions de développement que j’ai rencontrées. C’est ma curiosité et ma volonté qui m’ont conduit dans ce processus, mais c’est au contact avec les autres que le dominant que je suis en est venu à grandir et s’affirmer.

La première source d’évolution est évidemment mon contact avec ces femmes exceptionnelles qui m’ont donné la chance de jouer avec elles. Plonger dans le réel m’a confronté à des problèmes que les fantasmeurs ne rencontrent jamais - comment traiter ma soumise hors-séance? Est-ce que je peux me permettre d’être méchant par jeu, et quand est-ce que ça devient méchant pour vrai? Qu’est-ce que je fais du bon gars, et quelle place devrais-je lui laisser par rapport au chien sale? Est-ce que je veux une relation discontinue ou totale? Avec une soumise qui n’est qu’une soumise, ou avec une amoureuse? Surtout, mon plaisir à moi est d’entrer dans la tête de ma partenaire, comprendre ce qui la fait vibrer profondément, et apprendre à en jouer. Au fil des expériences, j’ai pu voir dans plusieurs tête… J’ai goûté à plusieurs types de soumission spontanées, que j’encourageais dans leur manifestation… allant de la petite peste qui rêve de se faire dompter à la soumise-esclave qui a besoin de son Maître pour donner un sens à sa vie et à ses jours. Presque chacune est intéressante sur papier… il fallait donc essayer pour mieux savoir ce qui serait le plus agréable, concrètement!

La seconde source est les autres dominant(e)s et soumis(e)s. Ceux-là ont enrichi ma réflexion, et pas toujours parce que nous étions d’accord! Mais justement… vu que je n’avais pas de problème à prendre un certain recul par rapport a ce que devrait être le BDSM, j’en suis venu à me constituer un point de vue qui me soit propre à propos des relations d’échange de pouvoir. Sur le plan philosophique, je loge du côté de l’exploration personnelle de ses désirs, plutôt qu’une soumission à une certaine façon de penser qui serait meilleure ou plus vraie que les autres. En ce sens, aussi, je ne souscris pas à l’idée que le BDSM va dans une direction - plus dur, plus intense, plus douloureux, conquérant limite après limite jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien qu’une femme prête à tout et sans désir propre. .

En fait, durant ma pause pré-élodie, j’ai mis le doigt sur une pièce manquante, une pièce importante néanmoins. Oui, je suis dominant. J’adore jouer dur et rien ne m’excite autant que laisser ma partenaire renversée par mes attentions. Je ne suis pas un fan de bondage-immobilisation, je ne suis pas un fan de séances de percussion qui n’en finissent plus, je ne suis pas attiré du tout du tout par l’idée de livrer ma copine à des inconnus pour qu’ils l’utilisent et la salissent (autrement qu’en fantasme, en tout cas). Je suis attiré par les jeux de rôle, par le les photos et films sexy, par les corps à corps sous les couvertes, par une femme capable de me surprendre et de susciter mon admiration (et pas seulement pour sa soumission!). Je suis on ne peut plus content d’être avec une esclave de coeur qui veuille se donner toute entière à moi, mais mon passé a démontré que je peux très bien vivre dans une relation où la sexualité est intense sans pour autant qu’elle soit axée sur l’échange de pouvoir et les jeux plus corsés.

Bref, ma sexualité inclut le BDSM, mais le BDSM n’est pas ma sexualité.

Je pense que c’est là l’aboutissement de l’État de l’union, et c’est ça pour moi transcender le BDSM. J’en suis à une sythèse entre ma sexualité pré-BDSM et ce qui ressort du plongeon des dernières années. Le monde BDSM est une belle source d’inspiration, mais ça n’est qu’une facette de mon érotisme et ma personnalité - une facette proéminente, bien entendu, si je suis prêt à y faire cette place dans ma vie. Je ne me soucie pas d’être reconnu comme un bon Maître, ou même comme un Maître tout court… par quiconque autre que la personne qui accepte de se soumettre à moi. C’est ça qui est important, tout le reste est superflu.

Je me contredis légèrement à travers ce constat… Après tout, n’ai-je pas passé plusieurs jours à me justifier publiquement de mon intérêt à un échange de pouvoir total? Oui. Mais ce blog est la face publique de mon univers privé. Dans le privé, élodie et moi savons qu’un échange de pouvoir total ne pose pas de problème quant aux limites… elle en a peu et je ne risque pas de me découvrir une soudaine appréciation pour le démembrement érotique. Néanmoins, lorsque je discute de TPE sur le blog, je dois prendre du recul par rapport à mon cas à moi, pour en parler de façon un peu plus abstraite… Mais elles sont toujours axées sur ma façon de traiter les enjeux et problématiques des échanges de pouvoir, non pas en vue de convaincre la planète de la justesse de mes propos… plutôt: pour jouer auprès d’autres joueurs et pervers le rôle de source de réflexion pour jeter un éclairage supplémentaire sur leur façon à eux de traiter leurs enjeux et problématiques à leur manière, selon leurs priorités.

Depuis mon virage vers l’échange de pouvoir comme type de relation préférée, tout ce que j’ai pu lire a alimenté ma réflexion. Il me fait maintenant plaisir, en réfléchissant ici à voix haute, de contribuer à la vôtre à ma manière. Pour ma part, que je les consigne ici ou pas, les pensées que je présente sur Les visage de Janus traversent mon esprit… Pourquoi ne pas les partager, alors?

Je suis conscient qu’en ajoutant ma voix aux divers discours que l’on tient sur le BDSM, je participe à la représentation du domaine… Et pour tout vous dire, contribuer en soutenant l’option d’une sexualité à la fois personnelle et ouverte à la diversité, en encourageant les nouveaux venus à jeter un regard critique sur les discours rencontrés (incluant les miens!), en remettant en question les allant-de-soi et les idées reçues… Tout cela me plaît énormément!

Janus aura un an le 29 août. Mon bref arrêt de cet été m’aura montré que je tiens à ce blog, et qu’il me plaît de l’alimenter… Il ne me reste qu’à remercier mon élodie qui est, comme on peut s’en douter, ma lectrice #1 et qui prendra progressivement plus de place ici comme elle en prend dans ma vie… et à vous remercier, vous qui me lisez, même si vous êtes on ne peut plus discrets dans les commentaires et les réactions!