Dans un de mes derniers billets, Valmont commente que certains aspects du TPE, ou plutôt une certaine façon de le vivre, relève du conte de fée.
Il a parfaitement raison - même si, comme je le rappelle dans ma réponse au commentaire, en contexte, je ne disais pas exactement les propos qu’il a cités…
Mes discussions sur les limites du TPE revenaient à essayer de faire le pont entre un échange de pouvoir qui se veut total, et l’idée apparemment contradictoire de limites, de zones qui seraient à l’abri de ce pouvoir.
On ne peut pas avoir une relation saine sans limites, et on ne peut donc pas avoir de TPE sain. Mais ce serait dommage de ternir la puissance symbolique d’un échange de pouvoir TOTAL (insérer ici éclairs et tonnerre) en ajoutant en petits caractères "avec des limites".
C’est là que le Petit Prince entre en jeu. En fait, il s’agit d’une entourloupe philosophique, d’une contorsion logique pour concilier limites et TPE (éclairs, tonnerre).
Vous savez, durant son voyage, le Petit Prince rencontre un roi un peu ridicule qui lui ordonne de faire ce qu’il veut bien. C’est ce genre d’arrangement de convenance qui permet un échange de pouvoir à la fois total et sain. Dans notre cas, c’est un accord tacite pour ne pas ordonner ou exiger ce qui ne devrait pas l’être. Et c’est ce point qui semble avoir été mal compris, si j’en crois le commentaire. Au cas où d’autres auraient eu une réflexion similaire, je préfère préciser.
D’entrée de jeu, en tant que dominant, je ne fais pas partie du nombre de ceux qui voient les limites comme quelque chose à bulldozer à la première occasion. Les limites sont là pour de bonnes raisons, et ce serait trahir sa partenaire, son complément que faire comme si c’étaient de simples caprices à ignorer. Secundo, je ne vous l’ai pas dit, mais mon élodie a très peu de limites dures formelles - raser les cheveux, manger du caca, les trucs illégaux (prostitution, zoophilie) et le fait de transférer sa soumission à un autre. De toutes ces choses, aucune ne m’intéresse, même de loin. D’entrée de jeu, donc, les chances que je transgresse ses limites dures sont inexistantes! C’est plus facile de parler de TPE dans ce cas-là.
Cela dit, elle a aussi un tas de zones qui ne sont pas des limites dures, mais qui lui inspirent crainte et dégoût. Je vais sans aucun doute jouer sur certaines de celles-là graduellement, patiemment au fil des mois et des années. Je ne les considére pas comme des défis à mon autorité, mais comme des rampes d’accès à des zones nébuleuses ou sensibles de la psychologie de mon esclave. En d’autres termes, ça n’est pas parce qu’elle a indiqué dans son questionnaire de limites qu’elle accepterait des anneaux sur le sexe ou un gangbang (Acceptation = 0, excitation 3 et 4, respectivement) que je devrais immédiatement mettre ça en oeuvre. Mon élodie m’est chère. Et je n’ai pas envie de la mettre sur un coup de tête dans une situation difficile juste pour le kick… et ensuite, quoi? Me moquer d’elle, la gronder, la châtier si elle ne suit pas la cadence? Le fait est qu’élodie ne sera jamais O, et c’est tant mieux (même dans un monde fictif, si ma compagne se retrouvait à Roissy, je m’évertuerais à l’en faire sortir pour la garder pour moi, nah).
C’est dans ce contexte qu’on doit comprendre mes réflexions sur le TPE (ici et là). Lorsque je dis que les limites sont entre les mains du dominant, s’il s’en sert seulement pour les transgresser ("notre échange est total, nyah nyah!"), je le qualifierai sans hésitation de clown au mieux, de danger public au pire. Mais dans ma version de l’échange de pouvoir, qu’élodie et moi visons à être total, je me fais le gardien de ses limites. Oui, si nous poursuivons notre lancée, j’aurai le pouvoir absolu sur sa personne, mais j’ai aussi la responsabilité de sa santé physique et mentale. Nonobstant le fait que je n’en ai pas envie en premier lieu, bouffonner avec ses limites serait trahir cette responsabilité.
C’est ni plus ni moins ce que je voulais dire par "la gestion des limites appartient au dominant". Dans le cadre d’un TPE, ça n’est plus tant une exigence de la soumise qu’une responsabilité sacrée du dominant. Fonctionnellement, si vous pensez que c’est la même chose, peut-être n’avez-vous pas tort: c’est une distinction sans différence. Mais ça permet de parler d’échange de pouvoir total avec éclairs et tonnerre, et rien d’autre!
J’irai plus loin en ajoutant, mesdemoiselles, que si jamais quiconque prétexte de l’autorité qu’il a sur vous pour dépasser vos limites dures, qu’il est de votre devoir de vous enfuir aussi vite et aussi loin qu’il vous est possible. C’est le signe clair que vous avez affaire à un clown - ne le laissez pas devenir un danger public à votre dépens.
[Je finis en remerciant Valmont pour son commentaire. J’apprécie les pistes et occasions pour clarifier ma pensée!]