Avec les réflexions sérieuses et ressenties sur la possibilité d’un TPE, les notions de transparence et d’obéissance sont revenues fréquemment à l’avant-plan de nos discussions et bien que mon amour-Maître et moi nous entendions à merveille sur le plan théorique, dans la pratique, c’est de mon obéissance dont il s’agit et parfois, ma foi, tout ne se fait pas sans heurts.
J’avais le goût d’aborder certaines des stratégies de résistance de la soumise par rapport à l’autorité. Loin de moi l’idée de dire que ces stratégies sont désirables ou brillantes, mais elles existent et font partie des mécanismes de défense naturels que le Dominant doit apprendre à déceler, et la soumise, à éviter en faisant confiance à son Maître pour trouver les alternatives qui conviennent.
Il est entendu que dans le cadre d’un échange D/s qui dépasse la chambre à coucher, et plus encore, dans un TPE, le pouvoir de la soumise est réduit à néants, ce qui est bien sûr désiré et très excitant, mais aussi, source de tension, notamment, dans la définition identitaire de la soumise. Le fait de choisir soi-même les limites et de rechercher ou d’éviter selon nos besoins et nos désirs nous permettent de nous définir en tant qu’êtres humains, du moins, c’est comme cela qu’on a appris. Lorsque la marge de manœuvre est réduite à presque rien, le sens de « soi » est d’autant fragilisé et les petits assauts du quotidien en appellent parfois à la résistance.
La première stratégie est la désobéissance invisible, c’est-à-dire, fauter mais sans qu’il soit possible pour le Maître de voir qu’il y a eu un manquement et qui plus est, sans que cela soit trop culpabilisant pour la soumise. Pour tirer un exemple de mon expérience, je passe plusieurs journées par semaine loin de mon Amour-Maître. Il m’a offert un magnifique collier que je porte aussi souvent que possible, avec ordre de l’enfiler et de le retirer en m’agenouillant et en saluant. Lorsqu’il m’a irritée, il m’est arrivé de l’enlever simplement sans faire de rituels d’adoration… Puis, comprenant que ce manquement explicite à son ordre ne pouvait être toléré, j’ai entrepris de ne pas enfiler mon collier du tout, en gage de manifestation silencieuse. Il ne me demande jamais si je l’ai mis, ni de rapporter ces manquements, alors ce petit espace me permet d’exprimer ma frustration… Bon, avant aujourd’hui…
Ce genre de stratégie serait aussi celle de la soumise qui fait le ménage en évitant un coin ou de celle qui se fait jouir une fois en cachette.
La deuxième stratégie est la déflection mentale, c’est-à-dire, obéir dans les gestes, mais donner tort au Maître dans sa tête, le tourner en ridicule, se moquer, argumenter et se donner raison, sans qu’il soit possible pour le Maître de se justifier et de défendre son point, ce qui garantit une victoire facile, bien que peu satisfaisante… Mais lorsque nous pouvoir est réduit à rien, cela semble beaucoup. Je me souviens avoir pensé les pires horreurs en toute impunité, ou juste de petites, et le temps que la punition ou la corvée soit terminée, ma colère était passée et j’étais redevenue la soumise aimante qu’il connaît, donc je ne sentais pas le besoin de devenir sur mes sombres pensées. Cet exercice mental accompagne souvent la désobéissance invisible et la nourrit.
Il existe aussi d’autres stratégies plus ouvertes, comme le déversement émotif (on se met à pleurer toutes les larmes de son corps dans le but d’attirer la pitié et l’empathie) et la culpabilisation ou même le chantage affectif, mais parce qu’elles sont évidentes et en confrontation directe avec la figure du Maître, elles demeurent moins utilisées et presque systématiquement punies. Étant plus visibles, elles sont aussi moins pernicieuses.
Pour mon Amour-Maître, ces stratégies invisibles ne peuvent qu’être des accrocs à la transparence qu’il exige de moi et je ne souhaite pas me défendre, outre mesure, sinon qu’en empruntant aux théoriciens des rapports d’autorité qui soulignent que ce genre de tactiques, strictement confinées, sont l’expression ultime d’un rapport d’autorité qui fonctionne plutôt que sa négation. Pour prendre un exemple facile, la plupart des enfants font leurs mauvais coups en cachette, par peur de représailles de la part des parents, et à l’adolescence, une grande partie de la rébellion est ouvertement vécue sous le regard parental, en signe d’affranchissement et de défiance. Ce n’est pas parce que l’enfant fait des mauvais coups en cachette qu’il nie l’autorité parentale, au contraire, il les fait en cachette parce qu’il y croit.