Réflexion par Janus31/3/2008 7:32 am

Ce livre est écrit par un chroniqueur gay de Chicago je crois, qui a plusieurs ouvrages derrière lui pour démystifier les échanges de pouvoir érotique, en particulier en ce qui a trait à sa version "Leather", c’est-à-dire ces hommes qui ont une attirance particulière pour les vêtements en cuir et ce qu’ils symbolisent.

Le style du livre est agréable mais un peu éparpillé; tandis que les auteures du New Topping Book présentaient leur perspective sur le D/s en l’illustrant par des récits de séances, la théorie et la pratique se confondent ici. En fait, la plupart des propos sont rattachés à des anecdotes mettant en scène des gens l’ayant contacté ou avec qui il a été en relation. Comme il le note lui-même, dans une communauté (gaie) peu reconnue pour la stabilité de ses relations, où dépasser quelques mois ressemble déjà à du long terme, trouver chaussure à son pied (ou un pied pour se faire chaussure) n’est pas une mince affaire. Le fait que l’auteur soit soumis à un homme, amant d’un autre, et qu’il possède en plus son propre esclave (sans parler des relations du Maître et de l’amant) montre comment ses expériences sont tout sauf des relations monogames… mais le livre n’est pas dénué d’intérêt. Le ton est agréable, et du fait que ses recommandations sont ancrées dans ses expériences réelles, on ne peut que reconnaître leur valeur. Même si le monde du cuir de Chicago et la scène BDSM québécoise peut sembler à des années-lumières l’une de l’autre, force est de constater que les ressemblances sont notables. Après tout, hommes, femmes, gay, hétéro, bisexuel, ne sommes-nous pas tous à la recherche de plaisir, d’excitation, d’acceptation de soi par les autres?

Réflexion par Janus28/3/2008 7:51 am

Finalement, avec toutes ces réflexions à propos de la cruauté ou du niveau de dureté que prend mon autorité, mes pensées se sont tournées vers un système capable de l’exprimer en un seul mot. Il s’inspire du système graduel bleu - vert - jaune - orange - rouge, popularisé par le gouvernement américain dans sa lutte au terrorisme, mais déjà utilisé à toutes les sauces… Je ne pense pas en faire un cadran matériel, mais pour donner des instructions, les balises sont pratiques. Une fin de semaine au chalet? "Préparez-vous, mademoiselle. Ce sera Rouge durant tout notre séjour". Mais aussi… "Soirée d’amoureux! Passons au Bleu". Voici comment, a priori, j’entrevois ces différents degrés, qui sont conçus de façon à baliser une relation D/s en réel qui n’est pas confinée à des moments précis:

Bleu: Marée basse. Les manifestation de soumission ne sont pas recherchées. Le lien est toujours là, mais il est entendu que le dominant n’a pas l’envie ou l’occasion de mobiliser son autorité. À toute fin pratique, la soumise est une femme libre durant ces moments.

Vert: domination soft. La soumise reste disponible pour répondre aux instructions spécifiques du dominant, mais n’implique pas de protocole strict ou d’attentes élevées ou particulières.

Jaune: domination appuyée. Le temps de la soumise ne lui appartient pas. On s’attend qu’elle soit restreinte, vêtue (ou non!) et occupée selon les désirs du dominant. Un protocole de tous les instants peut être mis de l’avant. À partir de "jaune", quiconque observe les interactions pourra remarquer en peu de temps la relation d’échange de pouvoir.

Orange: domination intense. En plus des exigences du niveau "jaune", on trouve des éléments de dureté supplémentaires: un plus grand niveau d’égoïsme, de froideur, de distance. La soumise a plus de chance de se retrouver dans des situations particulièrement inconfortables ou humiliantes, et ce pendant des périodes relativement prolongées.

Rouge: domination omniprésente. Toute liberté, humanité et dignité est enlevée à la soumise. Elle est traitée comme une prisonnière, comme une esclave captive, comme un animal.

Avec ces différents degrés, je retrouve le même genre de liberté qu’avec le jeu de rôle, en disant par exemple que "du coucher du soleil vendredi jusqu’à celui de dimanche, tu seras ma captive; prépares-toi à une domination de niveau rouge." Ou encore, l’inverse: "je suis fatigué, je n’ai même pas envie de me casser la tête. On descend ça à vert jusqu’à nouvel ordre, ok?".

Mon expérience me démontre que tout dominant qu’on puisse être, le désir de dominer n’est pas toujours au beau fixe, que par moments l’envie s’accentue ou s’amenuise. Dans mes premières relations, je me préoccupais de remonter mon autorité d’un cran; lorsque je me suis retrouvé dans une relation 24/7 davantage par écoute des besoins de ma partenaire que des miens, à l’inverse, par moments je voulais prendre des petits congés… Pour l’instant, ma relation actuelle se situe à la ligne entre vert et jaune: vert lorsque nous vaquons à nos occupations respectives, jaune le reste du temps (la majeure partie, en fait!). Lorsque je m’enflamme, nous passons fréquemment à l’orange, quoique pas nécessairement dans la durée…

Sur ce, je vous souhaite une excellente fin de semaine! 

Réflexion par Janus27/3/2008 6:23 am

Vous aurez compris que lorsque je parle de jeux de rôles, je ne signifie pas ceux qui se jouent avec des dés, qui peuvent toutefois impliquer un autre genre de donjon… Non, mon article du jour traitera de l’idée d’endosser un rôle le temps d’une séance de jeux BDSM. Je vous avais présenté récemment The New Topping Book. Les deux auteures de ce bouquin présentent ici et là des scènes qu’elles ont jouées, séparément ou ensemble. On devine qu’elles sont actives sur la scène fetish/BDSM de leur ville natale, et que plusieurs de leurs séances tournent autour d’un échange de pouvoir intense pour elles, assurément, mais aussi un spectacle pour ceux qui y assistent. J’ai noté comment plusieurs de ces scènes avaient comme point de départ un rôle endossé par les deux participantes. Directrice / orpheline. Délinquante armée / "prom queen". Et ainsi de suite. Quelque chose a piqué mon intérêt.

De toute ma vie, le seul rôle que j’ai adopté pour jouer était Prof / écolière. Mais encore… c’était moi et elles avec un habillement spécifique. La soumise n’était pas différente dans sa soumission, sinon par son accoutrement, et quelques inflexion dans le choix de jouets ou d’insultes… À peu de choses près, c’était une séance normale, avec un habillage différent.

Je trouvais qu’il y avait quelque chose d’un peu ridicule à l’idée de jouer des rôles… "Ok, moi je suis Frank, l’explorateur sans peur, toi tu es Jenny, la fille hot à qui je viens de sauver la vie et qui fera tout pour me remercier"… Quelque chose me paraissait sonner faux dans ce genre de trucs. Qu’est-ce que The New Topping Book a changé?

La lecture des scénarios vécus par les auteures m’en a spontanément inspiré un. Un scénario où un amoureux floué ("scorned lover") capture l’objet de ses désirs et veut lui faire payer ce qu’elle lui a fait souffrir.

L’intérêt… c’est cette idée d’endosser un rôle non pas en tant qu’acteur, mais simplement pour se laisser habiter par une énergie différente… Si je joue le rôle d’un geôlier ou d’un bourreau, par exemple, "par jeu", je me permettrai davantage de cruautés (telles que décrites hier) que ce que je ferais dans le cadre de ma relation régulière… le caractère temporaire et bien circonscrit de la scène permet de mettre entre parenthèses le bon gars et laisser libre cours au chien sale… Après tout, ça n’est pas moi, c’est un rôle, n’est-ce pas?

Je vois un autre avantage aux jeux de rôle. Dans ma relation régulière, je décourage ma partenaire à me défier ou me désobéir - bref, à agir en "brat", pour reprendre le terme consacré. Un jeu de rôle pourrait permettre une dynamique qui n’aurait pas sa place dans une relation régulière. L’idée de transformer élodie en écolière et lui donner le devoir de m’aiguicher et le droit de me repousser risque de donner une scène qui ne peut que se terminer de façon intéressante, non?

Demain: une autre stratégie! 

Réflexion par Janus26/3/2008 8:04 am

Ça n’est pas tout d’avoir une salope mignonne à tourmenter et à utiliser, encore faut-il avoir une idée derrière la tête… Qu’est-ce que c’est, être plus dur?

Je ne tomberai pas dans la facilité de faire simplement équivaloir "être plus dur" avec "frapper la soumise plus fort, plus longtemps". Oui, cela fait partie de l’arsenal du chien sale, mais ça n’est que l’un des multiples axes dont je dispose pour affirmer ma cruauté. Quels sont les autres? L’égoïsme, la froideur et la distance manifestes, l’inconfort prolongé, la déshumanisation.

Lorsque je joue, aussi sérieusement ou brutalement que je le fasse, je le fais "amoureusement", c’est-à-dire que je garde en tête l’excitation ou les préférences de l’autre. Non pas que ce soit elle qui dicte le déroulement d’une séance; elle n’a rien a dire, sinon me soumettre occasionnellement telle ou telle suggestion, qu’il m’appartient d’écouter ou pas. Mais comme je choisis mes partenaires en raison d’une confluence de nos préférences, en tenir compte n’est jamais un gros détour. Mais être plus dur, c’est aussi de laisser de côté le plaisir immédiat pour s’amuser du malheur de cette pauvre soumise en haillons (figurativement parlant!)…

L’égoïsme, c’est de se permettre de rire de son malheur, de le créer et l’accentuer. C’est d’exiger d’être servi en tout temps et en toutes choses. C’est d’envoyer la soumise nettoyer la salle de bains, pisser sur elle pendant qu’elle fait la cuvette; une fois qu’elle a fini, la cravacher puis l’enculer, jouir dans son cul… et l’envoyer faire la vaisselle.

La froideur et la distance, c’est de ne pas la regarder, de ne pas lui parler autrement que pour la commander ou la critiquer. C’est considérer sa perfection comme un dû qui ne mérite pas d’être complimenté, tout en châtiant durement toute imperfection. C’est exiger d’elle de garder le regard bas et de ne pas parler sans qu’on lui adresse la parole.

L’inconfort prolongé, c’est laisser la soumise nue lorsqu’elle a froid, la faire déplacer à genoux, la laisser dormir par terre sans couverture; c’est faire bonne chair pendant qu’elle mange du gruau dans un bol sur le sol; c’est la garder entravée en tout temps, voire attachée dans un placard lorsqu’on n’a pas besoin d’elle. C’est lui interdire l’eau chaude en exigeant qu’elle soit propre néanmoins. C’est la faire lever une heure avant son Maître pour qu’elle prépare sa journée…

La déshumanisation, c’est le cumul de tous ces axes, où la soumise est réduite à se cantonner à un rôle de meuble, de servante ou d’accessoire sexuel, sans que sa conscience ou sa personnalité soit sollicitée; c’est la faire s’effacer derrière les volontés de son Maître jusqu’à ce qu’elle se sente disparaître.

Oui, je suis dominant, et dans ma relation, il n’y a pas de temps mort, de moments hors-D/s. Mais le bon gars en moi ne se permettrait pas de jouer ainsi 24/7 - même si je le fais à volonté selon mes caprices. Comment faire alors pour "crinquer" la cruauté d’un cran, sans pour autant nier le bon gars en moi ou risquer d’aliéner, à plus long terme, une relation qui deviendrait ainsi sans chaleur ni affection?

Suivez-moi dans ma réflexion, et demain je vous dirai ma réponse à cette question!  

Réflexion par Janus25/3/2008 7:27 am

Le simple fait que je nourrisse la réflexion qui me fait réaliser que je serais plus cruel avec un homme qu’avec une femme implique nécessairement que j’ai en moi le potentiel d’être encore plus cruel avec mes partenaires que je le suis. Qu’une partenaire soit capable d’en prendre plus que j’en donne spontanément est une chose; qu’une telle partenaire me donne tout est une occasion en or de dépasser mes propres limites, et qui sait? D’enrichir ma pratique.

Mais comment faire?

Je vous présenterai une piste dès demain! 

Réflexion par Janus24/3/2008 6:49 am

En fait, je ne présumerai pas que les hommes sont plus cruels que les femmes ou inversement. Je veux discuter de ma propre tendance à la cruauté et au sadisme, et comment je devine qu’elle s’exprimera différemment selon le sexe de la personne avec qui je joue.

La semaine dernière, j’ai discuté en longueur de la responsabilité qu’a le dominant qui accepte le tout qui lui est offert par sa partenaire.

J’ai aussi dit au passage que pour les partenaires de jeu qui ne s’inscrivent pas dans une relation suivie, ce genre de réflexion n’est pas aussi valable.

Je pense qu’entre le dominant et le bon gars qui se côtoient en moi, je ne pourrais que difficilement laisser toute la place au dominant en jouant avec une femme. Or, s’il m’advenait de jouer avec un homme (ça ne s’est jamais produit et ça n’est pas dans mes plans non plus), cette très, très forte fibre qui se complaît dans l’idée de plaire et d’être "correct" ne serait pas activée, laissant toute la place à l’horrible chien sale qui réside en moi.

Lorsque je suis avec une femme, je suis sans cesse préoccupé par l’évolution de la nature de notre rapport… j’ai une sorte de blocage qui m’empêche de sortir toute la gomme lors de notre premier rapport intime. La première fois que je couche avec une femme a donc une drôle de connotation vanille, pendant laquelle je me mets en confiance, je découvre son corps, etc. La notion de blocage peut paraître négative; or, il n’en est rien. Cela demeure un choix entre autres parce que je n’ai rien à prouver à quiconque, parce que je ne veux pas, en accélérant la cadence, faire un faux pas; je ne veux pas non plus me frapper le nez contre une limite mal exprimée ou une expérience mal vécue par ma partenaire qui gâcherait l’ambiance du jeu. 

Avec un homme,  je n’aurais aucun scrupule à le condamner à l’abstinence, à l’inconfort prolongé, à le maltraiter et l’utiliser bien au-delà de ce que je ferais une femme, nonobstant la dimension sexuelle. Pourquoi? Comme je suis strictement hétéro, pour commencer, je n’ai rien à cirer que je lui plaise ou pas. S’il s’agenouille devant moi, sorry mec, c’est my way or the highway. Il va me servir, souffrir pour moi et mon plaisir, et tant pis s’il a une personnalité ou des désirs à lui…

Je pense que dans cette description, on devine que dans mes rapports avec les hommes, je n’ai rien à perdre… tandis que je me retiens de laisser libre cours à mon chien sale intérieur au cas où le fait d’être traitée ainsi ferait quitter ma partenaire… 

En fait, cette réalisation m’a donné envie d’explorer davantage cette cruauté, non pas en revenant sur mes principes de relation chaleureuse sous-tendant mon rapport avec élodie, mais plutôt en m’en servant comme plateforme pour suspendre temporairement M. bon gars… et me laisser devenir plus chien, et plus sale que jamais.  

Réflexion, Humain par Janus21/3/2008 11:04 am

Lorsqu’on se fait offrir tout, la responsabilité est immense.

J’ai eu la chance et l’honneur d’être choisi par plusieurs partenaires qui ont abordé notre relation sous cet angle. Il me suffisait de demander, j’obtenais.

La femme qui décide de se donner ainsi prend tout un risque émotif important (avec d’autres, ça pourrait aussi impliquer un risque physique ou financier, mais pas ici). En effet, c’est comme si elle se lançait dans le vide, confiante qu’on puisse l’attraper au vol…

Or, à une exception près, lorsqu’on m’offrait ce don, j’étais hésitant à l’accepter.

Notez que je ne parle pas ici de partenaires de jeu sans attache, sans relation suivie, comme c’était le cas de celle à qui j’ai fait lécher ma toilette - elle s’offrait toute à moi durant nos séance, mais elle repartait libre. Non, je parle de celles qui veulent que leur soumission s’incruste à même leur mode de vie.

J’étais hésitant, parce que quels que soient les mots choisis pour le décrire, je n’ai pas le moindre doute que ces femmes abordaient ce don sous l’angle de l’amour.

Moi, jusqu’à tout récemment, j’aimais, sans pour autant être en amour. Divorcé il y a quelques années, j’étais confronté à l’absurdité d’une séparation après plus 7 ans de relation, d’une relation dans laquelle je m’étais en principe investi pour le reste de ma vie. Lorsqu’une femme me dit vouloir me servir toute sa vie, je ne peux que tomber sur la défensive… La relation peut être très belle, très agréable, mais si je ressens envers mon esclave-en-devenir moins d’amour que pour *l’ex que j’ai quittée*, je ne donne pas cher de la suite…

Ma tendance à me projeter loin dans le futur me prive assurément de plaisirs immédiats, mais généralement, elle me sauve bien des embarras à plus long terme. Si une femme se donne à moi pour la vie, que moi j’en veux maintenant mais pas pour la vie… accepter sa soumission, sa servitude serait une horrible trahison en préparation. Ce point-là est clair… Mais qu’arrive-t-il lorsque le don de la soumise survient tôt dans la relation, lorsque je ne suis pas encore en mesure de me prononcer sur notre futur? Qu’arrive-t-il lorsque cette réalisation s’impose finalement?

C’est là que se situe, à mon avis, une bonne part de la responsabilité d’accepter une femme qui nous donne tout. On ne peut pas prendre à la légère ou faire comme si ça n’était rien ce genre de geste aussi profondément ressenti. Si on veut jouer, fine. Mais la partenaire qui s’offre a le droit de le savoir que son engagement est asymétrique…

élodie veut tout m’offrir. Cette fois, j’ai envie d’accepter de tout mon coeur. Parce que je suis amoureux; parce que j’ai confiance en notre futur. Parce qu’elle comme moi, avons accepté avec résignation des relations moins que parfaite, maintenant nous sommes en mesure de reconnaître tout le potentiel qu’ensemble nous pouvons rendre possible.

Avec elle, ça n’implique pas moins de responsabilité…  Mais je suis convaincu qu’elle n’a rien à craindre à faire le saut, ni moi qui l’attend en bas, les mains tendues, les bras grands ouverts.

 

Réflexion par Janus20/3/2008 8:52 am

Un dominant sait-il jamais à quel point une soumise s’offre à lui?

Certaines entreprennent la négociation plus soucieuses de ce qu’elles veulent éviter plutôt que s’intéresser à ce que vous, dominant, comptez lui offrir. C’est tout à fait légitime. Celles-là, c’est facile de le savoir! ;)

Il y a ces leitmotivs que les dominants mettent dans la bouche des soumises… "je suis à vous", "je ferai tout ce que vous voulez", et ainsi de suite… Il peut être malaisé, pour celles-ci, de savoir dans quelle mesure ce don de soi est effectivement total, et dans quelle mesure on souscrit à un "chic BDSM" via ces expressions convenues.

Comprenez-moi bien: toutes convenues qu’elles soient, lorsque ces expressions sont à la fois ressenties et exprimées, c’est là que, pour moi, se trouve l’essence de l’échange de pouvoir érotique.

Je disais hier que je demeurais inconsciemment sceptique face à cela. Ma première soumise, par exemple, me révélait avec quelques mois de recul à quel point, lorsqu’elle s’est agenouillée pour la première fois devant moi, j’aurais littéralement pu tout lui demander. Évidemment, la tentation est forte de vouloir tout faire d’entrée de jeu, mais je préfère ma réserve qui laisse la chance à la soumise d’apprivoiser son rôle (et ma personnalité), d’autant plus que ça ne sont pas toutes qui commencent avec cette attitude - un jour je vous raconterai peut-être comment une nouvelle partenaire s’est mise à pleurer moins de cinq minutes après le début des jeux, avant même que je commence à jouer dur avec elle.

Mais revenons à nos moutons: lorsqu’on nous offre plus encore qu’on le demande…

J’ai fait allusion récemment à un épisode où, du tac au tac après qu’une partenaire de jeu m’ait dit qu’elle ferait tout pour moi, j’ai voulu tester la profondeur de ses mots en la traînant à la salle de bain, caméra vidéo à la main. Je lui ai demandé de lécher la toilette (nettoyée le jour même, mais elle ne le savait pas). Moi qui voulait filmer son embarras, c’est plutôt elle qui s’exécute que j’ai croqué, d’abord timidement, mais avec un enthousiasme croissant une fois la glace brisée… Je venais de découvrir que c’était bel et bien vrai lorsqu’elle me disait qu’elle ferait tout pour moi. C’est le genre de démonstration qui dissout le scepticisme… C’est un choc, lorsque je sors de ce que concevait comme "terrain de jeu", là où je joue en sachant demeurer à l’intérieur des limites de ma partenaire, pour découvrir que finalement c’étaient mes propres limites dont il était question!

Ce genre de moment représente une belle occasion dans le développement d’un Dominant. C’est ce genre de confiance, de découverte faite dans le cours de l’interaction qui permet de débloquer les choses, de découvrir de nouveaux horizons… Et si l’on est chanceux, on découvrira que la personne qui nous offre tout le fait sincèrement, et en connaissance de cause…
 

Mais, assurément, lorsqu’on se fait offrir tout, la responsabilité est immense!

[à suivre] 

 

Réflexion par Janus19/3/2008 6:43 am

Je n’ai jamais fait comme si nous naissions dominants ou soumis. Je pense qu’on peut avoir une tendance plus ou moins ancrée, plus ou moins assumée, mais c’est à travers les expériences que celle-ci peut en venir à être exprimée.

J’ai déjà dit par le passé que je ne comprenais pas les soumises; cet article mettait l’accent sur mon incompréhension de l’appréciation, chez mes partenaires, du fait d’être brutalisées et salies. À l’époque - pas si lointaine, j’en conviens - j’étais temporairement à marée basse dans mon envie de contrôle. La soumission très, très forte d’élodie et son désir de m’appartenir comme esclave me confronte à nouveau sur le segment des relations D/s qui me fascine et me nourrit le plus - la vénération, l’adoration de ma personne et mon autorité. J’adore ressentir que je peux inspirer cela chez une femme… Mais je ne comprends toujours pas ce qui peut la conduire à un tel degré de don de soi, d’abnégation mêlé d’excitation, d’à-propriété (les anglais diraient belonging)… Alors je demeure inconsciemment sceptique. Chaque fois que j’entends ma douce élodie me vouvoyer sans que je le demande, je la crois un peu plus; lorsque je lis ses récits (incluant ceux que vous ne lisez pas), toujours transparente, je comprends à quel point la chose est ancrée dans sa chair, et comment j’ai la chance d’incarner, pour elle, ce qu’elle cherche depuis toujours, et qu’elle n’a trouvé que récemment par mon entremise!

Néanmoins, mon scepticisme inconscient n’est pas définitivement vaincu… Je ne doute pas une seconde de sa sincérité ou de son engagement. Mais qui peut dire pouvoir, à pied levé et en conscience de l’importance de la chose, accepter qu’on nous offre plus encore que ce que l’on demande, bref… qu’on nous offre tout?

[à suivre] 

Réflexion par Janus18/3/2008 7:23 am

Je regarde à temps perdu les profils sur des sites de rencontre à saveur BDSM.

Mes années passées en ligne m’ont appris à reconnaître de loin les profils qui ont de fortes probabilités d’être des canulars. Des filles de 18-19 ans, photos professionnelles à l’appui, corps de déesse, extrêmement masochistes… qui veulent être utilisées comme esclaves sexuelles par des dominants cruels et pervers…

Virtuellement.

Ah! C’est cousu de fil blanc!

On est au troisième niveau d’éloignement… si le premier est une relation D/s réelle, le second une relation d’échange de pouvoirs à distance… le troisième est du pur fantasme, où on se masque d’une identité fictive… Qui se cache derrière la photo de déesse maso? Matante Monique? L’oncle Henry? Un petit morveux avec trop de temps à perdre? Par ailleurs, peut-on croire, ne serait-ce qu’une seconde, que cette "esclave" fasse réellement ce qu’on lui demande?

À chacun son plaisir, évidemment. Mais celui-là est tellement loin du mien!