Humain par Janus29/8/2009 8:40 am

Excusez-moi si j’ai abruptement cessé de publier mes commentaires qui, jusqu’à cet été, apparaissaient avec une constance exemplaire. 

Je vous ai laissés il y a un moment en discutant de la "tombée des voiles". Vous avez à peu de choses près assisté à une véritable psychanalyse: en me permettant de discuter à voix haute de mes enjeux personnels, j’en suis venu à les éclaircir… Le problème est que ce blog discute de BDSM, et que cet éclaircissement m’a conduit à prendre mes distances par rapport à tout le bataclan… Un peu comme l’homme qui scie la branche sur laquelle il est assis, le processus en est venu à compromettre sa poursuite!

Vous avez lu où mes réflexions m’ont conduit… Comment j’en suis venu à percer les voiles qui occultaient mon regard sur moi et les autres. J’ai évidemment continué à y réfléchir même si j’ai cessé de vous présenter tout ce qui me traversait la tête… Là où j’en suis, ça n’est plus exactement une réflexion à propos du BDSM, de ses tenants et aboutissants. C’est plus large… Moi, mon passé, mon rapport au monde, aux autres…

Mais lorsque je pense au BDSM, le fil de mes pensées me ramène toujours au même endroit… Et si au fond le désir de dominer ou de se soumettre n’était qu’une quête inconsciente d’amour passant par mille détours névrotiques? Et si ça n’était qu’une façon efficace de maintenir l’Autre à distance et tout près à la fois, en se cachant derrière le masque de l’autorité, de l’humiliation, de la codépendance, du protocole… Et si le problème était justement de méprendre ces détours pour une destination, les masques pour les relations? Bravo à ceux qui conjuguent amour, tendresse, chaleur et BDSM. Ceux-là peuvent s’en amuser dans une véritable intimité entre adultes consentants… 

Je m’excuse si je me fais plus affirmatif que d’habitude, mais ceux qui négligent l’amour, la tendresse, la chaleur, ceux-là se condamnent à un purgatoire d’insatisfactions et de recommencement (probablement égayé, il faut dire, par des moments d’exaltation intenses… mais fugaces). Beaucoup de ceux qui évoluent dans le milieu BDSM (surtout ceux qui s’identifient fortement à la communauté) portent en eux le poids de blessures… Tantôt des traumatismes, tantôt les séquelles d’avoir grandi dans de drôles de famille. Certains n’ont qu’un malaise diffus qui disparaît lorsqu’ils dominent ou sont dominés. Ces blessures - qui peuvent être antant concrètes que symboliques - sont autant d’obstacles à leur capacité à aimer et à être aimé… Les détours du BDSM leur sont nécessaires, une solution inadéquate, mais peut-être la meilleure dont ils disposent. 

Ma traversée de l’autre côté du miroir fait qu’il m’est difficile de voir les choses différemment, et ça me chagrine. Je ne puis plus faire fi de la solitude, de la tristesse et du désoeuvrement que je reconnais en filigrane de la communauté BDSM… Lorsqu’on y pense, le besoin d’affiliation, les chicanes mesquines, la recherche perpétuelle du complément parfait, les relations feu-de-paille où les déclarations d’appartenance éternelle sont suivies de séparations discrètes quelques semaines plus tard… Toutes ces caractéristiques de la communauté ne sont-elles pas des incides qu’elle est formée d’individus désespérément en manque d’amour? 

Ce qui me stupéfie, c’est bien le fait que si j’avais lu ce genre de discours au moment de la création des Visages de Janus (il y a deux ans aujourd’hui), j’aurais accueilli ces affirmations comme de la pédanterie bien-pensante dégoulinante d’eau de rose. C’est sans doute ce qui me rend mal à l’aise… Ce que j’écris maintenant, je n’aurais pas voulu le lire dans un blog supposé traiter de BDSM. Voici donc où je me trouve acculé: parler d’un BDSM dans lequel je ne me reconnais plus, ou parler de ce que j’ai trouvé au-delà du BDSM… à des gens qui s’y trouvent encore, et qui n’ont que faire des réponses que j’ai trouvées… 

Je ne cherche pas à dévaloriser le BDSM ou ceux qui s’y reconnaissent. Ma seule recommendation est de ne jamais cesser d’examiner ses motivations et ses expériences… particulièrement lorsqu’on reconnaît une insatisfaction, un malaise, un recommencement compulsif… C’est en s’étudiant et en s’analysant - idéalement avec l’aide d’un professionnel! - qu’on peut en venir à évoluer et à prendre ses distances sur ce qu’on aurait pu croire inévitable. 

Il serait condescendant de ma part de penser que mes réalisations s’appliquent à tous - d’autant plus que moi-même, je les aurais rejetées il y a deux ans. Je ne prétends pas comprendre des gens que je ne connais pas… Et qui dit que quelqu’un qui suivrait mes traces arriverait là où j’en suis? Ne comprenez donc pas dans mes propos que les amateurs de BDSM sont des aliénés émotionnels qui font fausse route (moi-même, je n’ai pas cessé de jouer; mes jeux ne sont cependant plus les mêmes!). Ce que je soutiens, c’est que ce qui est recherché dans le BDSM peut être trouvé ailleurs, autrement, et avec plus de succès et de satisfaction… Pas que le BDSM est sans intérêt en soi. 

Décidément, Janus a scié la branche sur laquelle il était assis. Ce blog n’est pas éteint, mais je ne sais plus trop quoi en faire. Il m’est arrivé souvent de solliciter des réactions à ceux et celles qui me lisent (avec peu de succès…). Plus que jamais, j’ai besoin de vous pour déterminer le nouveau visage de Janus - si visage il y a. Devrais-je mettre la clé dans la porte? Devrais-je m’atteler à relever ici et là des appuis à ma thèse? Devrais-je carrément abandonner la vocation BDSM de ce blog? Pour la remplacer par quoi? Devrais-je mettre en oeuvre mon expérience pour me consacrer à un "courrier du coeur" BDSM? J’avoue que cette option me plairait assez… mais encore faudrait-il qu’on me demande conseil! 

À suivre…? Qui vivra verra.

Humain par Janus17/7/2009 10:37 am

Que reste-t-il une fois les voiles tombés? Il ne reste que la vérité toute nue, un magicien aux trucs éventés. L’effet le plus manifeste est qu’on reconnaît les patterns dans lesquels on s’est engagé à répétition sans nécessairement s’en être rendu compte… On découvre que les arbres nous cachaient la forêt. 

Le taureau fonce vers un tissu agit parce que c’est ce que les taureaux font. Il y a quelque chose de compulsionnel, voire de névrotique dans ces recommencement… Le comprendre permet de mieux départager ce qui relève du réel de ce qui relève des voiles qui l’occultent. Je pense que c’est d’abord et avant tout une grande lucidité qui ressort de la levée des voiles, même si elle a malheureusement un prix. Ignorance is bliss: ne pas remarquer les ficelles qui sont tirées à l’arrière-scène, c’est s’abandonner et profiter de l’impulsion… Ma lucidité me condamne à être beaucoup moins "excitable" que je l’étais il y a trois ans encore. 

Ce qui est intéressant, c’est que pendant ce temps, élodie vivait une évolution similaire… Je lui laisserai élaborer sur ses voiles si elle en a envie, suffit de résumer que derrière son besoin de soumission totale se trouvait surtout une envie d’être aimée pour ce qu’elle est… Petit à petit, l’arrangement qui nous avait conduit l’un à l’autre s’est effrité et a révélé nos névroses. Elle s’est ensuite permis d’explorer d’autres aspects d’elle-même auxquels elle avait fait peu de place. Je l’affirme pour la première fois explicitement: ça fait un moment déjà que notre dynamique n’est plus foncièrement BDSM. Il nous arrive encore de jouer avec les restreintes, la cravache et le collier, mais ces jeux sont davantage en périphérie de notre relation amoureuse que la relation elle-même. Nous avons réappris les plaisirs de la rencontre des corps et des êtres dans le sexe, et j’ai découvent comment les jeux BDSM ont souvent l’effet insidieux d’éloigner les gens dans leur tendresse et leur intimité en échange de les rapprocher dans leur excitation… 

À ce sujet, je suis tombé récemment sur une distinction entre "sophistication sexuelle", cette ouverture par rapport au sexe qui conduit à voir la sexualité comme une performance (sous-entendant que chacun a le devoir de travailler fort à la satisfaction de l’autre, que tout le monde vit dans un état d’excitation perpétuelle sans quoi il importe de "raviver le désir", etc.) et "maturité sexuelle", cette conscience que le sexe n’est ni plus ni moins qu’un acte d’amour envers l’autre, un acte qui n’a idéalement pas besoin d’être autre chose que "nous, ici, maintenant" pour que chacun soit satisfait… Une rencontre entre les sexes que notre sophistication sexuelle a saturé de codes, de rituels, d’attentes, de détours qui nous ont fait perdre de vue sa simplicité désarmante…  

C’est là que mon odyssée m’a amenée - et souvenez-vous: Ulysses finit son Odyssée de retour chez lui… La boucle est bouclée. La curiosité a libéré le dominant, le dominant a libéré le sadique; le sadique a mis au jour des pulsions refoulées; les comprendre et les vivre m’a permis de les intégrer à moi et de m’en libérer. Coup de théâtre: le sadique a libéré le vanille en moi! 

Par "libérer le vanille", j’entends que la tombée des voiles m’a permis de me recentrer sur ma relation avec un amour et une complicité qui ont pris la place des attentes et de la distance que notre rapport D/s encourageait. Lorsque mon "réservoir" est plein, jouer se fait sans effort et avec une excitation bien réelle, d’autant plus que c’est nous en tant que couple complice qui nous y conduit, et non pas nos névroses, nos attentes… ou quelque contrat! 

Je regarde la scène BDSM de loin et je reconnais dans les paroles et les écrits des gens ces voiles qui obstruaient ma vue. Je ne dis pas ceci sur le ton paternaliste de celui qui croit avoir tout vu et qui comprend tout: je sais aussi que si quelqu’un d’autre retraçait mes pas, il n’arriverait peut-être pas au même endroit que moi! Mais vous comprenez sans doute mieux pourquoi, au fil des derniers mois, j’ai été conduit à réfléchir sur ce que le BDSM peut avoir de malsain même lorsqu’il se trouve sous le sceau apparent du "safe, sane, consensual". Je crois voir beaucoup de gens dont la démarche m’apparaît d’abord comme motivée par un désir profond d’aimer et d’être aimé qui emprunte malheureusement des voies détournées qui le déforment. Bien entendu, dit comme ça, je suis convaincu qu’une majorité des gens BDSM répondraient que non, ça fait partie d’eux et que leur quête et leurs préférences sont une expression de leur vraie nature… Mais qui a dit que l’un excluait l’autre? 

Les différents voiles que j’ai décrits cette semaine sont les filtres par lesquels on aborde la vie. Ne pas s’attarder à ce que sont ces voiles, ou à *ce qu’ils nous cachent*, c’est se condamner à s’engager dans des patterns de comportements et de relations dont on espère qu’ils conduiront à une satisfaction profonde… Mais qui risque d’être temporaire, décevante, illusoire… et renvoyer à l’essai suivant où le pattern recommence. Après tout, si le BDSM est une fin en soi qui ouvre toutes les portes, comment se fait-il qu’autant de relations D/s soient d’aussi courte durée?

Malgré le discours jovialiste par rapport aux bienfaits de la domination et de la soumission, je pense que le tout peut être un détour qui éloigne du bonheur autant qu’il peut être un raccourci pour la connaissance de soi. Il importe que chacun s’assure que ses explorations le font réellement croître et ne le coincent pas dans un éternel recommencement. Je pense sincèrement que ne pas examiner ce qui nous motive profondément, c’est se perdre dans une vie où les voiles qui recouvrent les choses sont confondues avec les choses elles-mêmes. 

L’an dernier, je disais comment le BDSM faisait partie de ma sexualité tout en n’était pas l’ensemble de ma sexualité.

Ma conclusion de cette année pourrait se résumer comme suit. 

Le BDSM est un tremplin unique pour explorer certaines facettes qui résident au plus pronfond de soi… Mais aucun pêcheur de perles ne descend dans les fonds marins avec l’idée d’y rester à jamais. Le meilleur usage qu’on peut faire du BDSM est d’y plonger mais d’en ressortir en intégrant à soi ce qu’on y a trouvé. Les compulsions ressenties jusqu’alors peuvent alors prendre un caractère de pur plaisir du fait qu’on est libre d’en jouer ou pas; les ficelles qui sont tirées derrière les voiles nourrissent encore l’excitation et la satisfaction sans nous encager dans une rigidité et une répétition où on cherche la satisfaction sans jamais vraiment la trouver, un peu comme une mule qui avance pour mordre dans une carotte suspendue devant son nez, perpétuellement hors d’atteinte… Sans qu’elle le réalise.

Si une seule chose que j’ai dite sur ce blog devrait être retenue et méditée profondément, c’est celle que je viens de décrire; des centaines de billets que j’ai produits jusqu’à présent, celui-ci plus que n’importe quel autre devrait être vu comme mon testament intellectuel, ce que je voudrais qu’on retienne de mes efforts le jour où je déciderai de déposer ma plume. 

C’est l’aboutissement de la démarche d’un homme aux multiples visages… d’un humain qui décida un jour de porter le masque d’un dominant… d’un dominant qui crut un instant que le masque qu’il portait était son visage… d’un homme qui découvrit que le masque qu’il portait était l’exacte réplique de sa face nue. D’un dominant qui, un jour, enleva le masque et révéla le sourire qu’il cachait.

Un homme qui, après presque deux ans, comprit qu’il n’avait au bout du compte qu’un seul visage.

Humain par Janus16/7/2009 10:04 am

Ce billet sera moins long que les deux précédents parce que j’ai déjà traité de façon soutenue cet aspect - en fait, il n’est pas exagéré de dire qu’à mesure que Les visages de Janus évoluaient, cette question devenait de plus en plus centrale. Question de retracer mes pas de la dernière année…

Je me suis demandé si les fétichistes étaient chanceux ou pas d’avoir une source inépuisable d’excitation.  

Je vous ai présenté les fantasmes qu’il me reste à accomplir - le seul obstacle à leur réalisation: ils impliquent tous de tierces personnes ou des installations élaborées. Je concluais cependant en disant comment mon quotidien pouvait ressembler aux fantasmes des autres…  

Je me suis interrogé sur ce qui se passe après qu’on ait touché ses limites… Et de ce qui risque de se trouver de l’autre côté de la frontière.

Collons les morceaux sans perdre de vue l’évolution que j’ai relatée sur ce blog.  

À la fin de ma relation avec sandrine à l’automne 2007, j’étais vide, blasé, fatigué de l’éternel recommencement [séduction - rencontre - jeu - relation à distance - cul-de-sac émotionnel - séparation] que j’avais déjà répété trop souvent. L’étrangeté de la chose était qu’en tant que jeune homme dominant, j’aurais dû tirer une satisfaction intense du fait d’être entouré de jolies jeunes filles prêtes à tout (ou presque) pour moi, mais de relation en relation, c’était comme si le "trip" s’épuisait. C’est là que j’ai fait le lien… Mon énergie sexuelle est épuisable (mais heureusement renouvellable). Mais plus important… pour moi, l’excitation n’est pas tant de répéter encore et encore un fantasme que de le vivre ne serait-ce qu’une seule fois. Ceci, combiné au fait que j’aie noté que je ne possédais pas de fétiches ou fantasmes fondateurs (un rêve BDSM qui m’aurait trituré durant l’adolescence, des émois clairs et intenses dans mon enfances, des images mentales qui auraient énergisé mes masturbations alors que j’avais encore les deux pieds dans le monde vanille…) m’a conduit à la compréhension que les fantasmes n’étaient qu’un autre voile. Et qu’une fois mes fantasmes vécus, "déchargés", j’ai pu voir à travers… 

J’ai trouvé ma réponse, et je la dis maintenant: les fétichistes ne sont PAS chanceux. Les chances sont bonnes qu’ils tombent en pâmoison devant quiconque est prêt à jouer sur leur kink central… mais n’est-ce pas plausible que ce puisse être vrai de *quiconque* accepte de le faire? Voile, quand tu nous tiens… 

Que reste-t-il lorsqu’on voit derrière nos propres "kinks" de préférences en terme d’apparence et de relations? Que reste-t-il lorsque les fantasmes pour lesquels j’aurais traversé mer et monde autrefois suscitent à peine un remous maintenant?

En d’autres termes…  

Que reste-t-il une fois les voiles tombés? 

Humain par Janus15/7/2009 9:03 am

Le voile de l’apparence n’est pas le plus profond ni le plus puissant. Oui, voir une femme arrangée selon mes préférences me mettait en état d’alerte, mais comme je décrivais hier, soit elle demeurait un objet de fantasme distant, soit elle cessait de l’être à mesure que la magie s’évanouissait durant le rapprochement.

Le voile dont je parle aujourd’hui est autrement plus insidieux du fait qu’il est enraciné du côté de chez Oedipe. Il ne s’agit plus d’apparence mais de modes relationnels… Je parlais dans mon billet d’introduction comment certains hommes rêvent de la fille froide et inaccessible, ou comment certaines se font avoir et ravoir par des assholes: c’est ce dont il s’agit ici. 

S’il n’était pas évident de reconnaître le pattern de mes préférences physiques, imaginez quelque chose d’aussi diffus que les modes relationnels… Qu’est-ce qui vous nourrit dans vos relations? Avez-vous le sentiment de ne pas être digne d’amour, et donc très reconnaissant lorsque vous êtes aimé? Avez-vous besoin d’avoir une présence structurante, un tuteur sur lequel vous appuyer? Êtes-vous excité à l’idée d’être associé aux yeux des gens avec quelqu’un de beau, de riche, de célèbre?  

Je vous ai déjà parlé de mon auto-psychanalyse; je pense que je peux résumer en une phrase ce qui me motive… Le coeur du bon petit garçon en moi chante lorsqu’on m’admire, lorsque je me démarque aux yeux des autres. Dans ces circonstances, j’ai l’impression d’être aimé parce que je suis unique et irremplaçable. Évidemment, ça n’a rien de scandaleux ou d’horrible: j’ai seulement une fibre narcissique bien réelle (quoique, heureusement, je reste loin du trouble de personnalité du même nom). Mais mettre le doigt là-dessus m’a donné un incroyable pouvoir pour comprendre mes impulsions et mes actions. 

J’ai ainsi compris pourquoi durant mes jeunes années, j’étais un sale infidèle: il suffisait qu’une fille me démontre de l’intérêt pour que j’oublie celle que j’avais déjà. 

J’ai compris comment certaines relations mal assorties ont pu durer au-delà de ce qu’elles méritaient du fait qu’elle nourrissait cette fibre… J’ai compris que c’est pour ça que je me suis retrouvé en relation avec sandrine qui m’admirait et m’aimait gros comme ça… Même si ça n’était pas réciproque, c’était nourrissant sur le plan psychologique. 

Il m’est arrivé à quelques reprises depuis ces réalisations de ressentir ce genre de remous à nouveau. Il va sans dire que j’ai apprécié, mais comme je reconnaissais ce qui se passait, les chances étaient nulles que je me fasses séduire au point de céder à la tentation ou même de jouer avec le feu. Le voile est tombé: le magicien (ou plutôt les magiciennes!) peuvent faire ce qu’elles veulent, je connais leur truc, je vois les ficelles.  

Ici encore, la tombée du voile a pavé la voie à ma rencontre avec élodie. Je sais qu’elle m’admire (je l’admire aussi); je sais que notre relation est fondée sur une correspondance réelle de nos dynamique, mais aussi une appréciation globale, profonde, mutuelle qui est source de joie quotidienne. 

Demain, une autre série de voiles… les fantasmes. Cela nous conduira à la conclusion de vendredi. 

Restez à l’écoute! 

Humain par Janus14/7/2009 9:37 am

Le problème avec ces filtres perceptifs est qu’il est difficile de les reconnaître pour ce qu’ils sont.

Je me souviens d’une soirée dans un bar où j’avais commenté sur l’apparence d’une employée que je trouvais de mon goût; l’un des gars attablé avec moi (qui me connait depuis toujours) a noté comment elle partageait certains points communs avec au moins deux de mes ex… C’est ce commentaire qui m’a fait remarquer pour la première fois mon attrait pour certaines caractéristiques. Avant cette prise de conscience, je les appréciais assurément, sans ramener mon appréciation à ces caractéristique en particulier… Même si c’était principalement sur elles que reposait mon appréciation.

Ce soir-là, un premier voile tombait. C’était avant que je m’intéresse au BDSM. 

Après ma découverte du monde kinky, j’ai eu l’occasion d’explorer à fond mes préférences. Étant donné que j’étais avec des partenaires soumises, plusieurs étaient enchantées d’adopter ce qui me plaisait en terme de maquillage, chaussures, lingeries, accessoires. En ayant la possibilité de me taper du tac au tac une écolière, une fille gothique, une femme fatale, une geisha, une poupée humaine et quoi encore, je me suis mis en contact avec à peu près tout ce qui me faisait fantasmer auparavant. 

Si vous pensez que je dois être l’homme le plus heureux du monde pour cela, détrompez-vous.

C’est un peu paradoxal et ça n’est pas facile à expliquer… Je vais tenter de le faire en mettant de l’avant deux facettes du phénomène.

Prenons mon appréciation pour le maquillage. Il était un temps où voir une fille avec des yeux charbonneux et de longs cils était suffisant pour me faire tourner la tête en me faisant m’imaginer comment elle devait être une fille fantastique. Le fait est que rien d’autre que mon kink me donnait à penser ainsi. Mon appréciation d’elle n’avait rien à voir avec la réalité et tout à voir avec le fait que ce genre de fille tombait particulièrement dans mes goûts…  

Dans la jeune vingtaine, j’ai eu la chance de vivre un coup de foudre. En entrant dans la pièce, pouf! Je suis tombé sous le charme (et réciproquement). Elle m’apparaissait incarner tout ce que j’avais toujours désiré… Mais les mois suivants se résumèrent à une longue et pénible découverte que nous n’étions pas bien assortis du tout… Elle incarnait peut-être mon idéal en termes de ce qui capture mon regard, mais mon "amour" ne tenait pas compte de sa personne entière… Un peu comme je mentionnais hier, je n’étais pas en relation avec une femme entière, mais avec un morceau de femme. Un morceau qui me plaisait, certes… mais dans les faits, je devais aussi composer avec le reste! Cet épisode illustre bien une tendance dans laquelle je me suis empêtré plusieurs fois avant de la reconnaître.  

La deuxième facette est un peu plus complexe à décrire. Je disais comment la domination m’a permis de transformer mes partenaires soumises en reflets de mes fantasmes. Ici encore, j’ai vite rencontré un cul-de-sac. Les premières fois, c’était l’extase, mais rapidement, aussi précises que fussent mes instructions, je ne retrouvais pas dans les atours de mes partenaires le frisson que me causaient les inconnues qui portaient pourtant le même genre de trucs. Était-ce l’attitude qui faisait la différence? Était-ce le fait que les inconnues étaient des "surprises" alors que mes copines n’étaient que le reflet de mes instructions? Peut-être était-ce la familiarité qui bousillait tout ça…?

Après quelques années de réflexion, je pense que la raison tient au fait que j’étais intime avec mes partenaires. Le voile était déjà levé sur elles en tant que personnes entières… elles ne pouvaient plus être un objet de fantasme à la manière d’une inconnue dont je ne connais que l’apparence stimulante. Mes partenaires demeuraient elles-mêmes, peu importe leur accoutrement ou leur maquillage; c’est comme si notre intimité diminuait l’imact de mes préférences en ce qui a trait à l’apparence. 

En somme, mon double problème était que les inconnues de belle apparence que je séduisais étaient souvent des déceptions; les femmes soumises que j’ai séduites pour transformer selon mes préférences le temps d’une soirée n’ont pas été une source de satisfaction profonde non plus. 

Voilà pourquoi mes expériences n’ont pas fait de moi l’homme le plus heureux du monde… L’exploration de mes kinks et mes préférences m’a démontré hors de tout doute que ça ne pouvait pas m’exciter et me satisfaire au point où je l’aurais espéré alors que le tout n’était que du monde du fantasme. Je pense que c’est l’une des choses qui m’ont conduites à ma phase tristement blasée de fin 2007. Les voiles si attirants au loin m’avaient attiré comme un taureau, mais leur tombée me laissait devant… rien. Au point où mes anciens kinks ont perdu une part importante de leur attrait (et malheureusement, rien n’est venu les remplacer). 

Ça n’est qu’une fois élodie entrée dans ma vie que j’ai pu guérir… et trouver le morceau manquant. L’amour. Je trouve élodie toute belle au naturel et lorsqu’elle se maquille ou se vêt pour moi, c’est la femme complète que je vois et qui m’excite, et pas son maquillage ou ses vêtements. L’essentiel, c’est elle. Je ne fais plus l’erreur de m’arrêter à quelque superficialité que je reconnais vraiment pour ce qu’elle est: un voile… 

Humain par Janus13/7/2009 9:39 am

Mon "État de l’union" de l’an passé se terminait sur un billet appelé "Transcender le BDSM". Je faisais état de l’évolution de ma réflexion, particulièrement de ma position par rapport au BDSM, à sa représentation coutumière et à la communauté dans laquelle tout ça s’inscrit. Ma conclusion ultime s’énonçait ainsi:

Ma sexualité inclut le BDSM, mais le BDSM n’est pas ma sexualité. 

Le point d’arrivée de l’an dernier est devenu le point de départ de celle-ci… Ayant cadré le BDSM dans ma sexualité, il me restait à mieux en comprendre le reste! C’est dans la foulée de ma série Du côté de chez Oedipe… que je vous présente la suite de mon cheminement. Cette fois-ci, la réflexion sera davantage introspective… C’est pourquoi j’appose le libellé "Humain" à ce billet et aux suivants. 

Ce qui résume le mieux les nouveautés auxquelles j’ai été confronté ces derniers mois, c’est que les voiles se sont mis à tomber. Je m’explique… j’ai l’impression de voir avec beaucoup plus de lucidité qu’avant ce qui me motive et ce qui m’excite; je suis capable de discerner lorsque mes pulsions ou mes réactions proviennent de processus inconscients et de les considérer comme tels… Un peu comme le spectateur assistant à un spectacle de magie qui réussit à percevoir le dispositif, le "truc" du magicien, j’ai la satisfaction de mieux comprendre tout ça au prix d’une part de ma naïveté… Et du plaisir gaga que je pouvais en retirer. Mais peut-être qu’il vaudrait mieux que j’élabore sur ces "voiles" et ces "trucs" avant de trop m’embourber dans les métaphores! 

J’ai entendu dire un jour que nous n’étions jamais vraiment en relation avec les autres; nous sommes en relation avec *les représentations qu’on a* des autres. Cet écart peut évidemment s’expliquer par un manque d’information - si on est en relation avec un infidèle qu’on croit digne de confiance, par exemple - mais ça n’est pas tout… Nos préférences profondes, nos relations marquantes, nos parents même (Oedipe n’est jamais loin!) peuvent teinter notre rapport au monde et notre façon d’être en relation… par exemple: si quelqu’un a un fétiche pour le look d’écolière, une fille en kilt avec des bas aux genoux l’aura facilement dans sa poche qui qu’elle soit réellement (changez la fille, gardez le look: le résultat sera le même!); inversement, si elle est rencontrée habillée "normalement", elle n’aura pas de pouvoirs particuliers sur notre fétichiste fictif. C’est là un premier niveau de "voiles": on peut très bien être attiré par un aspect de quelqu’un au détriment de tout le reste de sa personne… Un look, une partie du corps, une attitude… 

Notez que l’attitude marque un passage d’aspects concrets à d’autres plus diffus, plus "sociaux"… C’est la question des rapports, des dynamiques, des façons d’être. L’assurance empreinte de détachement de l’asshole lui fera marquer des points auprès des jolies jeunes filles insécures; certains hommes se pâment devant la fille froide et distante qui les rejette plutôt que s’intéresser à celles qui sont chaleureuses et accessibles; d’autres ne demandent qu’à se prosterner devant des dominantes assumées, qui qu’elles soient… ainsi de suite. 

Ce genre d’attrait puissant est souvent ancré dans le passé développemental ou sexuel de l’individu. En ce qui me concerne, je crois avoir mis le doigt sur plusieurs de ces ancrages et des ficelles qui s’y rattachent. Lorsque les circonstances les tirent et suscitent quelque émoi chez moi, je sais maintenant les reconnaître pour ce qu’elles sont. Cela me donne une certaine lucidité et un pouvoir certain sur ce qui jusqu’à tout récemment était des automatismes. 

Je vous en parle plus précisément demain! 

Réflexion par Janus10/7/2009 7:54 am

Bon, bon, je plaide coupable: les messages de cette semaine n’ont pas été très réfléchis ou très profonds: déménagement oblige… En fait, suite à ma série Du côté de chez Oedipe…, j’ai continué à jongler avec certains éléments de ma psychologie et de mes représentations par rapport au sexe, à moi-même, aux femmes… C’est fou comment on a du temps pour réfléchir un rouleau à peinture à la main. Restez à l’écoute, parce que la semaine prochaine, je compte égayer vos matinées (ou soirées, selon vos habitudes) avec un nouvel État de l’union où je fais le point sur ce que l’année m’a amené… ou plutôt, vers où elle m’a conduit. 

Liens par Janus9/7/2009 8:54 am

Je suis tombé sur ce site (anglais) qui décrit 5 mensonges que toutes les femmes utilisent tôt ou tard… C’est "pensée féminine 101", mais pas inintéressant non plus! Bonne lecture!

Réflexion par Janus8/7/2009 8:57 am

L’un des plaisirs de déménager est de meubler le nouvel espace. 

Parmi nos nouveautés, une commode du genre que je n’ai jamais eue… Beaucoup de grands, grands tiroirs.

Mon espoir: que nos jouets cachés ici et là dans l’ancien appartement se retrouvent tous dans cette caverne d’Ali Baba… À part peut-être ceux qui sont définitivement trop longs pour entrer dans quelque espace confiné que ce soit! Et vous, où cachez-vous vos trésors? 

élodie par Janus7/7/2009 8:38 am

Tu aimes manger dans ma main, n’est-ce pas élodie? 

Bonne petite bête! emoticon