Excusez-moi si j’ai abruptement cessé de publier mes commentaires qui, jusqu’à cet été, apparaissaient avec une constance exemplaire.
Je vous ai laissés il y a un moment en discutant de la "tombée des voiles". Vous avez à peu de choses près assisté à une véritable psychanalyse: en me permettant de discuter à voix haute de mes enjeux personnels, j’en suis venu à les éclaircir… Le problème est que ce blog discute de BDSM, et que cet éclaircissement m’a conduit à prendre mes distances par rapport à tout le bataclan… Un peu comme l’homme qui scie la branche sur laquelle il est assis, le processus en est venu à compromettre sa poursuite!
Vous avez lu où mes réflexions m’ont conduit… Comment j’en suis venu à percer les voiles qui occultaient mon regard sur moi et les autres. J’ai évidemment continué à y réfléchir même si j’ai cessé de vous présenter tout ce qui me traversait la tête… Là où j’en suis, ça n’est plus exactement une réflexion à propos du BDSM, de ses tenants et aboutissants. C’est plus large… Moi, mon passé, mon rapport au monde, aux autres…
Mais lorsque je pense au BDSM, le fil de mes pensées me ramène toujours au même endroit… Et si au fond le désir de dominer ou de se soumettre n’était qu’une quête inconsciente d’amour passant par mille détours névrotiques? Et si ça n’était qu’une façon efficace de maintenir l’Autre à distance et tout près à la fois, en se cachant derrière le masque de l’autorité, de l’humiliation, de la codépendance, du protocole… Et si le problème était justement de méprendre ces détours pour une destination, les masques pour les relations? Bravo à ceux qui conjuguent amour, tendresse, chaleur et BDSM. Ceux-là peuvent s’en amuser dans une véritable intimité entre adultes consentants…
Je m’excuse si je me fais plus affirmatif que d’habitude, mais ceux qui négligent l’amour, la tendresse, la chaleur, ceux-là se condamnent à un purgatoire d’insatisfactions et de recommencement (probablement égayé, il faut dire, par des moments d’exaltation intenses… mais fugaces). Beaucoup de ceux qui évoluent dans le milieu BDSM (surtout ceux qui s’identifient fortement à la communauté) portent en eux le poids de blessures… Tantôt des traumatismes, tantôt les séquelles d’avoir grandi dans de drôles de famille. Certains n’ont qu’un malaise diffus qui disparaît lorsqu’ils dominent ou sont dominés. Ces blessures - qui peuvent être antant concrètes que symboliques - sont autant d’obstacles à leur capacité à aimer et à être aimé… Les détours du BDSM leur sont nécessaires, une solution inadéquate, mais peut-être la meilleure dont ils disposent.
Ma traversée de l’autre côté du miroir fait qu’il m’est difficile de voir les choses différemment, et ça me chagrine. Je ne puis plus faire fi de la solitude, de la tristesse et du désoeuvrement que je reconnais en filigrane de la communauté BDSM… Lorsqu’on y pense, le besoin d’affiliation, les chicanes mesquines, la recherche perpétuelle du complément parfait, les relations feu-de-paille où les déclarations d’appartenance éternelle sont suivies de séparations discrètes quelques semaines plus tard… Toutes ces caractéristiques de la communauté ne sont-elles pas des incides qu’elle est formée d’individus désespérément en manque d’amour?
Ce qui me stupéfie, c’est bien le fait que si j’avais lu ce genre de discours au moment de la création des Visages de Janus (il y a deux ans aujourd’hui), j’aurais accueilli ces affirmations comme de la pédanterie bien-pensante dégoulinante d’eau de rose. C’est sans doute ce qui me rend mal à l’aise… Ce que j’écris maintenant, je n’aurais pas voulu le lire dans un blog supposé traiter de BDSM. Voici donc où je me trouve acculé: parler d’un BDSM dans lequel je ne me reconnais plus, ou parler de ce que j’ai trouvé au-delà du BDSM… à des gens qui s’y trouvent encore, et qui n’ont que faire des réponses que j’ai trouvées…
Je ne cherche pas à dévaloriser le BDSM ou ceux qui s’y reconnaissent. Ma seule recommendation est de ne jamais cesser d’examiner ses motivations et ses expériences… particulièrement lorsqu’on reconnaît une insatisfaction, un malaise, un recommencement compulsif… C’est en s’étudiant et en s’analysant - idéalement avec l’aide d’un professionnel! - qu’on peut en venir à évoluer et à prendre ses distances sur ce qu’on aurait pu croire inévitable.
Il serait condescendant de ma part de penser que mes réalisations s’appliquent à tous - d’autant plus que moi-même, je les aurais rejetées il y a deux ans. Je ne prétends pas comprendre des gens que je ne connais pas… Et qui dit que quelqu’un qui suivrait mes traces arriverait là où j’en suis? Ne comprenez donc pas dans mes propos que les amateurs de BDSM sont des aliénés émotionnels qui font fausse route (moi-même, je n’ai pas cessé de jouer; mes jeux ne sont cependant plus les mêmes!). Ce que je soutiens, c’est que ce qui est recherché dans le BDSM peut être trouvé ailleurs, autrement, et avec plus de succès et de satisfaction… Pas que le BDSM est sans intérêt en soi.
Décidément, Janus a scié la branche sur laquelle il était assis. Ce blog n’est pas éteint, mais je ne sais plus trop quoi en faire. Il m’est arrivé souvent de solliciter des réactions à ceux et celles qui me lisent (avec peu de succès…). Plus que jamais, j’ai besoin de vous pour déterminer le nouveau visage de Janus - si visage il y a. Devrais-je mettre la clé dans la porte? Devrais-je m’atteler à relever ici et là des appuis à ma thèse? Devrais-je carrément abandonner la vocation BDSM de ce blog? Pour la remplacer par quoi? Devrais-je mettre en oeuvre mon expérience pour me consacrer à un "courrier du coeur" BDSM? J’avoue que cette option me plairait assez… mais encore faudrait-il qu’on me demande conseil!
À suivre…? Qui vivra verra.
